Littérature française

Rentrée littéraire (8) « Premier sang », Amélie Nothomb, Albin Michel, 2021



Chaque fois que j’ouvre le Nothomb annuel, je sais que je serai sans doute frustrée par sa tendance à la fin précipitée qui donne une impression de roman bâclé dans sa seconde moitié, mais j’aime son écriture, sa langue ciselée, son ton décalé et sarcastique, une forme d’insolence…une insolence qui a peut-être un lien avec ses fins d’ailleurs.

Le récit cette fois se fait à la première personne, et se lit comme ce qui pourrait être une autobiographie de son défunt père, décédé dernièrement. Le « Je » alors âgé de 28 ans, confronté à un peloton d’exécution quelque part au Congo, soit douze types lourdement armés, prend subitement « conscience que la planète est charmante ». Soucieux de ne surtout pas prononcer une parole historique, qui voudrait marquer cet instant et possiblement accélérer sa fin, il revisite ses jeunes années. 

Usant d’une autodérision charmante et manifestement héréditaire, il refuse l’injustice de sa mort quasi certaine et se souvient de « sa joie insolite d’exister », 28 ans auparavant. Il n’était pourtant pas aisé de démarrer dans la vie orphelin de père.
Patrick Nothomb oublie donc, le temps d’une ellipse temporelle étonnante, les problèmes politiques congolais,  Christophe Gbenye, sa mission de consul et cette incroyable prise d’otages, soit 1500 blancs rassemblés dans un hôtel, pour retrouver sa Belgique natale aux côtés d’une mère enfermée dans son deuil et peu aimante. Lui qui l’aime d’un amour désespéré se voit donc confié aux bons soins de ses grands parents maternels, pendant que cette dernière assume bien des mondanités et promène son deuil avec élégance. C’est choyé par une grand-mère aux petits soins qu’il grandit mollement dans une demeure fort confortable malgré la guerre. Soucieux de l’endurcir, son grand-père l’envoie régulièrement chez les Nothomb qui occupent un château dans les Ardennes. Les Nothomb sont toute une smala haute en couleur. Le Baron, son autre grand-père, remarié à une femme nettement plus jeune que lui, et père de 13 ans, est aussi austère qu’excentrique. Les gosses encore présents, ses oncles et tantes, tiennent davantage de la horde de huns que de petits châtelains. Quant au château, il est plutôt faible que fort. Ces séjours sont autant de moments d’initiation aussi surprenants et effrayants que ravissants. Patrick découvre ainsi les conditions de la noblesse en mal d’argent, le droit d’aînesse à table et conséquemment la faim, ainsi que le froid l’hiver. Les enfants, dont la survie a des allures « d’expérience darwinienne »,  mènent une existence parallèle à celle des adultes ce qui donne au récit un chouette parfum d’enfance. C’est aussi le lieu de l’expérience du football avant que ne vienne le temps des filles et des premiers fantasmes d’amour.

La narration tient aussi du roman d’éveil puisqu’il narre le parcours de ce premier de la classe, qui se rêve longtemps gardien de but ou chef de gare avant d’embrasser une carrière diplomatique. Il ne faut cependant pas se fier aux apparences, le jeune homme n’est pas dénué de fantaisie – Amélie a bien de qui tenir – ni d’insolence.

Le récit et le portrait sont alertes et plaisants, l’écriture toujours rythmée et incisive . On se plait au jeu des références littéraires et on goûte ce sens de l’humour savoureux, mais c’est encore une fois très court…je la préfère aussi dans des récits familiaux.

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