discussion « Inès », de Loïc Dauvillier et Jérôme D’Aviau, Drugstore, 2010




Pour certains, ce sera juste un fait divers, pour d’autres c’est une nuisance de voisinage, pour d’autres enfin, les victimes, c’est comme une lente descente aux enfers, un parcours qui vous anéantit tellement, qui détruit tant l’image que vous avez de vous, qu’il vous ôte même le courage de fuir. Au demeurant, fuit n’est pas si simple. C’est ce que ne comprennent pas tous ceux qui jugent…

  « Tu comprends pas que c’est de ta faute si je suis comme ça ?! »

Mais quelle faute ???

Le mal est sournois d’abord. Il est parfois d’autant moins perceptible que « les proies » cherchent à en dissimuler les effets. Par amour peut-être, au moins au départ, par honte, par crainte des représailles aussi.

Les voisins d’Inès ont longtemps pensé que si la gamine des voisins de palier hurlait autant, c’est qu’elle était pénible ou capricieuse. 

Pourtant, de l’autre côté du mur, une jeune femme dort régulièrement sur la moquette, passe des heures enfermée dans les toilettes, cache ses bleus, maquille les stigmates de cet amour-vache, pleure sous les coups réguliers d’une violence physique et morale destructrice. Oui, il existe des mots qui blessent plus que les coups !

Régulièrement Inès voudrait se reprendre, parvenir à se rassembler suffisamment et se décider enfin, au moins pour sa fille. Sans doute ne sait-elle plus comment c’est arrivé. Comment l’homme aimant s’est mué en monstre domestique. Si elle l’en croit, cela tient à elle. Elle n’assume pas assez bien son statut de bonne sans doute. Elle est juste celle qui « n’est même pas foutue de… ». Celle dont plus personne ne voudra : « Plus personne te sautera ! ». Oui encore, la vulgarité fait partie du lot, surtout en public. Rabaisser l’autre, notamment à coups d’allusions salaces dégradantes, c’est tellement plus sympa devant un bon copain…

Si l’album n’est pas bavard, il est très efficace. Entièrement tendu vers sa fin, il se lit comme une tragédie, une tragédie tellement ordinaire qu’il est bon qu’on en parle encore et encore. Le graphisme est à l’aune du sujet : sombre. Le choix du noir et blanc s’impose presque pour ce huis clos étouffant, et j’ai beaucoup aimé le jeu sur les ombres pour signifier l’angoisse d’Inès. 



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