discussion « En thérapie », Eric Tolédano et Olivier Nakache, 2021


Allez, je cède à la tendance et j’inaugure aujourd’hui une rubrique « séries ». Comme tout le monde, elles ont accompagné mes divers confinements et m’ont permis de compenser mon manque de cinéma. Mais force est de constater que certaines, beaucoup même, rivalisent d’intérêt et de qualité avec le grand écran. Les acteurs de renom ne s’y trompent d’ailleurs pas, si l’on en croit l’évolution des castings. 

Je vais ouvrir ce bal télévisuel avec « En thérapie », cette brillante adaptation française de la série israélienne « Be’tipul », offerte par ce duo qu’on ne présente plus, Éric Tolédano et Olivier Nakache. Soulignons aussi le travail des nombreux scénaristes qui les ont accompagnés dans l’aventure : David Elkaim, Vincent Poymiro, Pauline Guena, Alexandre Manneville et Nacim Mehtar. Une saison, 35 épisodes dévorés durant ma quatorzaine calédonienne.

C’est à l’automne 2015, aux lendemains des attentats parisiens, que nous pénétrons, presqu’à tâtons, dans le cabinet du psychanalyste Philippe Dayan, un lieu feutré et savamment mis en scène, où trône bien évidemment le fameux divan, le divan des aveux, le divan des traumatismes, le divan des pleurs aussi. Ce cabinet, qui fait partie intégrante du domicile du praticien, n’est pas toujours étanche, ce qui permet d’évoquer les difficultés personnelles que rencontre Dayan, puisqu’il est également époux et père de famille.

On y pénètre avec circonspection aussi parce qu’il ne semble pas évident, de prime abord, de parvenir à captiver un large public avec un tel sujet qui suppose huis clos et large part à l’intime. 

Qui dit psy suppose patients, 4 ici, dont nous suivons l’évolution. Le principe est le suivant, chaque épisode correspond à la séance hebdomadaire de l’un de ces patients, tandis que le 5 ème retrace les rencontres du psy avec son ancienne psy, Esther (Carole Bouquet fidèle à elle-même) qui fait un peu office de superviseuse. 

Du choix des patients dépendait largement l’intérêt et le succès de la série. C’est une réussite ! La semaine commence avec Ariane, une jeune chirurgienne qui a vécu l’épouvante de cette nuit de novembre mais qui peine surtout à y voir clair dans sa vie amoureuse et qui semble cristalliser son désir d’amour sur Dayan. Mélanie Thierry assume bien son rôle, même si elle m’a semblé en faire parfois un peu trop. Vient ensuite Adel Chirane, un agent de la BRI brillamment incarné par Reda Kateb qui n’en finit pas de nous surprendre et qui s’impose progressivement comme un sacré acteur. Sa dernière longue tirade est un incroyable morceau de bravoure et d’émotion ! J’ai beaucoup aimé la justesse de son jeu et sa capacité à faire vivre des émotions contradictoires. Pio Marmai et Clémence Poésy, prêtent vie, eux, à Damien et Léonora, un couple en crise qui cultive à merveille l’art de l’amour-haine, tandis que la jeune Céleste Brunnquell endosse le rôle de Camille, une ado aux tendances suicidaires et un tantinet rebelle, « sauvage » presque. 

Le casting est extrêmement efficace mais je saluerai deux prestations particulières. Celle de Frédéric Pierrot qui s’installe dans ce fauteuil avec maestria et fait rapidement oublier la fiction. Il apporte beaucoup par sa sobriété, mais aussi son sens des nuances. Il passe de l’assurance tranquille du pro à l’homme émoussé, torturé face au désir d’Ariane. Il encaisse avec justesse l’agressivité des patients qui le poussent dans ses retranchements. Celle enfin de Céleste Brunnquell, véritable révélation, qui me cueille systématiquement, dès qu’elle apparait à l’écran. Quelle belle énergie ! Quelle sensibilité de jeu ! Quelle actrice tout simplement !

Le scénario aux allures de mosaïque fonctionne parfaitement, conjuguant les chaos de l’intime et du collectif, les joutes verbales et les silences éloquents. Il permet de mieux percevoir le travail analytique, mais échappe au didactisme par sa formidable humanité. C’est toute une ambiance et toute une réflexion sur l’existence, la survie parfois. 

2 commentaires

  1. je n’ai pas encore fait mon billet, mais je te rejoins sur la grande qualité de cette série que j’ai suivi avec avidité!

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