Cinéma français

« Le portrait de la jeune fille en feu », Céline Sciamma, 2019


Un film intelligent, émouvant et esthétique à ne pas rater !

La narration s’ouvre sur une leçon de peinture dans un atelier feutré et exclusivement féminin. Au XVIII°, seule une femme peut poser pour d’autres, hommes et femmes ne se mélangent pas et certains sujets demeurent interdits au pinceau des femmes. Interrogée par l’une de ses élèves sur l’origine d’un tableau Marianne se souvient …

Une longue analepse nous conte ensuite son séjour dans une demeure aristocratique bretonne. Elle y avait été appelée pour réaliser le portrait d’Héloïse, une jeune femme que sa mère venait de sortir du couvent pour la marier à un noble milanais, en lieu et place de sa sœur qui avait préféré la mort à ce mariage. 

« Dans sa dernière lettre…elle s’excusait…de me laisser son destin. »

Ce n’est qu’à son arrivée que Marianne comprend la difficulté de sa tâche. Ce tableau signant d’une certaine manière ce contrat de mariage, Héloïse refuse de poser, comme s’il s’agissait de son seul acte de résistance possible. Marianne devra donc se faire passer pour une dame de compagnie. Elle l’accompagne au gré de ses sorties en bord de mer, et s’efforce de capter ses traits, ses regards, ses émotions, sa carnation, afin de les restituer de mémoire sur la toile à la lumière de sa bougie. Le contact se fait d’abord par les regards, celui de l’artiste et celui de la jeune fille, désabusée mais curieuse de la vie. Elles s’apprivoisent, débattent du mythe d’Orphée et Eurydice, évoquent à mots couverts la condition des femmes, la liberté, l’amour, la musique. 

Mais de ces échanges et de ces regards, naissent à la fois le besoin de vérité et l’absolue nécessité du désir.

Céline Sciamma signe ici un film en costumes brillant, émouvant et particulièrement esthétique. Le scénario, tout en retenue, s’appuie sur des dialogues aussi savoureux qu’intelligents. La photographie de Claire Mathon joue à merveille du clair-obscur et des gros plans. Les décors de Thomas Guézaud créent toute une ambiance, entre étouffement et liberté sensuelle. La caméra s’attarde sur les visages, sur la toile aussi. On mesure la précision du geste de l’artiste, sa quête, tandis que la sensualité gagne sa palette. La musique, et notamment Vivaldi, apporte la touche finale à l’esthétisme du film

C’est aussi un très beau film de femmes – un seul personnage masculin -, qui se concentre dans sa seconde partie sur le trio constitué par Marianne, Héloïse et Sophie, la jeune femme de chambre confrontée à une grossesse non désirée. L’absence de la comtesse leur permet d’accéder à une liberté rare, et tend à abolir les frontières sociales. 

Le film est en outre porté par un casting parfait. J’ai toujours aimé Adèle Haenel, même dans ses excès. Elle propose ici un jeu tout en nuances et en justesse qui s’accorde parfaitement avec celui de Noémie Merlant, que je découvrais. Toutes les deux magnifiques, elles subliment leur personnage et crèvent littéralement d’écran. La jeune Luana Bajrami est également parfaitement convaincante. Elle sait donner toute son épaisseur à ce personnage plus en retrait qu’est Sophie. Valéria Golino, ne démérite pas non plus dans son rôle de mère bien consciente de sacrifier sa fille. Saluons enfin l’artiste de l’ombre, Hélène Delmaire, la peintre Lilloise, qui prête son fusain et ses pinceaux à Marianne. 

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