Littérature française

« De l’amour », Philippe Minyana, L’Arche, 2010



C’est avec ce titre que je termine mon incursion dans le théâtre de Minyana, un univers dans lequel je ne rentre pas vraiment et qui peine à m’émouvoir ou à me ravir.

Comme l’indique le titre, la pièce interroge l’amour et le couple sur plusieurs décennies à travers 4 personnages. Boby et Christina, qui se sont mariés deux ans auparavant sur un coup de tête, constituent le pivot de l’intrigue. Christina, qui connait de brusques mouvements d’humeur, ne l’aime pas mais elle ne supportait plus de dormir seule. Boby n’est pas en reste. Il imagine régulièrement qu’il la tue, tout en songeant chaque fois qu’elle est irremplaçable. 

 » Sommes nous contents de notre vie Boby? «  « Nous devrions nous séparer Boby… Je crois bien que tu serres les dents quand je suis à tes côtés. » 

Englués dans un temps dilaté marqué par l’évocation des saisons, ils entretiennent des rapports compliqués avec la gente humaine. Plus que jamais, « l’enfer, c’est les autres », ces êtres qu’ils croisent essentiellement à l’occasion d’anniversaires ou d’enterrements. On meurt d’ailleurs beaucoup, au point que le plateau se vide progressivement. Les corps souffrent également, du temps, de blessures consécutives à des accidents ou des agressions. La mort plane tant sur leurs existences qu’ils ont « l’air sérieux et guindé de ceux qui seraient en deuil », alors même qu’ils se préparent pour une soirée. Sortir, aller à la rencontre des autres, semble à chaque fois un pensum, d’autant que cela suppose de résoudre d’abord un souci vestimentaire. C’est en effet une problématique hautement existentielle qui scande la pièce, comme pour signifier la vanité humaine.

Mais les autres sont quelquefois aussi des importuns, à l’instar de Ted et Mylène, confrontés aux problèmes financiers et à la maladie, qui peinent tout autant à s’aimer. 

Les êtres se croisent donc sur le plateau, certains se trouvent réduits à une silhouette, d’autres sont simplement évoqués. Une large place est accordée à un extérieur de mauvais augure, tout un monde sonore inquiétant. On ne compte plus les cris d’oiseaux, les corneilles, les alarmes…A cela s’ajoutent la voix du texte et une voix off, qui empruntent un peu au chœur antique, sans être pleinement convaincantes.

Alors que Boby et Christina discutent vêtements, se disputent et échangent bien des amabilités, avant de s’offrir un coït rapide en guise de réconciliation, la confusion gagne progressivement la scène. Les paroles manquent quelquefois de cohérence sans que ce soit toujours un effet de l’alcool, les frontières entre les lieux se brouillent et le temps se dilate, se répète comme un disque rayé. Les membres s’engourdissent, les mouvements sont ralentis et les situations se dupliquent dans un éternel recommencement. Confrontés à la vieillesse, à la maladie et aux accidents de la vie, les corps se délitent, l’amour et les sentiments s’émoussent. C’est toute une humanité qui s’essaie à la haine pour échapper à l’idée de sa finitude, de sa vacuité. 

Toutes ces problématiques assorties de ces jeux avec les codes ne sont pas inintéressants, mais trop de confusion, trop de vacuité peuvent parfois confiner à un anti-théâtre qui ennuie son spectateur.

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