Littérature française

Rentrée littéraire (2) « Définition du bonheur », Catherine Cusset, Gallimard, 2021



Une belle lecture ! Une heureuse coïncidence aussi. Parfois, on ouvre un livre au hasard, comme c’est souvent le cas au moment de la rentrée littéraire, et c’est précisément Le Livre, celui qui colle à nos préoccupations, nos questionnements du moment…


Enchâssant les récits, celui d’Ève et celui de Clarisse, Catherine Cusset nous offre d’abord deux beaux portraits de femmes, aux parcours contrastés. Mariée à Paul et mère de deux filles, Ève vit à New York. Initialement agrégée de lettres, elle s’est ensuite reconvertie dans l’art culinaire. Elle est née dans un milieu intellectuel et bourgeois. On peut la qualifier de rationnelle. Relativement raisonnable, elle poursuit généralement la voie de la sécurité, comme ses parents le lui ont enseigné. En dehors de quelques incidents de parcours, son existence se lit presque comme une ligne droite.

« Ma vie est plate, ennuyeuse. Il ne m’arrive rien ! »

Clarisse a grandi dans une famille monoparentale, aux côtés d’une mère alcoolique. Son enfance, enfermée dans une loge de concierge, lui a donné des envies de liberté et d’ailleurs. Ogre de vie, elle a préféré les jobs de vendeuse à la fac, tant il était urgent de pouvoir financer ses voyages, notamment en Asie. Elle se passionne aussi pour le cinéma. Comme pour les voyages, chez elle c’est un mode de survie. Pour compenser une existence chaotique, douloureuse souvent, elle traque les brefs instants de beauté. Mariée, puis divorcée, et mère de trois garçons, elle mène une existence débridée, affranchie et va au gré de ses amours. Hélas, parce qu’elle est une femme au cœur cabossé, la hantise du rejet la conduit régulièrement à de mauvais choix et à accepter l’inacceptable et ses dangers. 

Tout semble donc les opposer…jusqu’à ce que la vie en décide autrement et leur permette de découvrir, alors qu’elles connaissent une cinquantaine florissante,  qu’elles partagent le même flambeur de père, un Italien à la paternité peu scrupuleuse. C’est en effet pour Ève l’occasion de rencontrer « son double abîmé »…

Le récit est donc aussi une belle histoire de sororité, dès l’instant que ces deux femmes se rencontrent, mesurent leurs différences, mais aussi leurs incroyables liens, s’apprivoisent et apprennent à s’aimer. 

Leurs parcours, déroulés sur quatre décennies, se lit comme la fresque d’une époque et de ses grandes préoccupations, jusqu’au COVID. Nul doute d’ailleurs que cette pandémie va se répandre aussi rapidement dans l’univers romanesque ces prochaines années !  Il est aussi un bel hommage aux femmes, qui s’intéresse sans tabou au corps, à la maternité, au désir, à la sexualité. L’accouchement,  l’avortement, le cancer, l’adultère et le mode de vie un tantinet schizophrène qu’il suppose, le viol, la violence et le féminicide sont des thématiques qui s’invitent dans l’intrigue comme autant d’accidents de la vie qui se confrontent au désir de bonheur et à sa délicate définition. 

« Pour certains, il n’existe pas dans la durée et la continuité, mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brille d’un éclat singulier, même si cet éclat précède la chute. »

Enfin, ce récit est aussi celui de l’écriture, ce désir partagé par les deux sœurs, l’histoire d’une simple clé USB, lien ultime et intime entre les sœurs


Même si elle est assez convenue, la construction du roman est rigoureuse, le récit convaincant et rythmé, ce qui compense un style un peu facile. On peut également reprocher à Catherine Cusset de puiser dans toutes les grandes problématiques du moment… c’est vendeur évidemment, mais aussi racoleur. Impossible d’oublier que le livre est aussi un enjeu commercial ! La lecture est cependant addictive et stimulante. 

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