BD

« Shingal », Tore Rorbaek et Mikkel Sommer, La Boîte à Bulles, 2020


Voilà une BD dépaysante qui nous transporte au pied des monts Shingal, à l’extrémité de la plaine désertique irakienne. Selon la constitution irakienne, ce district fait partie des  » territoires contestés ». Un référendum doit permettre de statuer sur son appartenance à l’Irak ou au Kurdistan. La zone est particulièrement instable depuis la chute de Saddam Hussein alors qu’elle sert de refuge aux Yézidis.
Ce peuple millénaire, à forte tradition orale après qu’on a brûlé ses écritures saintes, a vu une nouvelle fois son existence bouleversée en Août 2014. Les soldats Kurdes, les peshmergas, les ont plus ou moins abandonnés, tandis que l’Irak a retiré ses troupes, les laissant livrés à eux-mêmes face à Daech. Il se trouve ainsi confronté au 74 ème génocide de son histoire. 

L’album s’ouvre ainsi sur le village de Siba où l’on s’organise. Il s’agit d’évacuer les femmes, les enfants et les blessés, alors que les hommes tenteront de défendre le village. A Gerzerik, le village voisin, le choix est simple : mourir où se convertir à l’islam. Daech mène la danse à grands coups de mégaphone et  les Yézidis, dont la religion est un syncrétisme  du christianisme, du judaisme, de l’Islam et du zoroastrisme,  ont leu e tort de réagir. Beaucoup, comme Asmail et sa famille ou Mazloum, se réfugient donc dans la montagne pour éviter les viols, les tortures, l’esclavage sexuel ou les massacres. Ils sont plus de 50000 à offrir une résistance farouche mais Il leur faut cependant faire face à la faim, à la déshydratation dans l’attente d’une aide humanitaire internationale.
Pour réaliser cet album, les auteurs ont mené de longues recherches journalistiques ainsi qu’une centaine d’entretiens. Il s’agissait pour eux de sensibiliser le lectorat à la situation de ce peuple, souvent oublié, de témoigner de son passé (puisque Osman Pacha avait déjà entrepris de les convertir en 1892), et de raconter comment les troupes de la milice kurde de Syrie, aidée par le gouvernement irakien, à permis leur désenclavement. Il rend également hommage à toutes ces initiatives anonymes, à tous ces justes, qui au-delà de leurs croyances ou de leur appartenance ethnique, ont contribué à sauver des vies.


Il est difficile de parler de scénario puisque cette BD relève surtout du documentaire. On est toutefois rapidement happé par cette tranche d’histoire et par la découverte de ce peuple dont on sait généralement très peu de choses. 

Le graphisme joue avec les couleurs pour souligner l’intensité dramatique des différents épisodes, ainsi que la barbarie, tandis que les gros plans sont un hommage à ces Yézidis tenaces. 

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