Littérature française

« Burnout », Alexandra Badea, L’Arche, 2009




Pour cette courte pièce qui confronte deux personnages, une Evaluée et un Évaluateur, la dramaturge Alexandra Badea s’inspire d’un discours politique que vous reconnaitrez tous sur la valeur du travail.

Le fond de l’intrigue est donc le monde de l’entreprise, le sujet le burnout, soit le syndrome d’épuisement professionnel, consécutif à l’exposition à un stress permanent et prolongé.


L’evaluée est une jeune cadre dynamique, soucieuse du travail bien fait et avide de reconnaissance et de promotion. Laissant sa vie personnelle et sociale de côté, elle se dévoue corps et âme à son job. Elle se nourrit de barquettes surgelées, qu’elle finit par supprimer aussi. Elle mâche du chewing-gum à la caféine, pour rester dynamique et éviter la perte de temps que supposerait la préparation d’une tasse. Rentabiliser le temps, en gagner, est un souci permanent. Chaque seconde de son existence est réglée comme du papier à musique et elle vit tant dans la crainte de l’oubli, qu’elle est littéralement cernée par des post-it et des to-do-lists. 

 » A chaque fois que j’enlève un post it, j’ai presque un orgasme. »

Dans ce qui tient d’un long monologue, elle se récite comme des mantras quelques phrases nominales – pas le temps de structurer un discours plus construit – ou décline des listes de verbes à l’infinitif.

 » travailler plus. »  » Il faut que je montre que je suis capable. »  » Je mérite d’être promue. Je mérite. Je le mérite « 

Vous l’aurez compris, la surcharge mentale est immense. Le souci de la performance, entre efficience et efficacité, rime avec une perte totale de l’intime. A défaut de perdre ses mots de passe, elle court le risque de se perdre elle-même, malgré la lecture du manuel « Comment devenir exceptionnel en 50 leçons ». 


L’Évaluateur travaille aux Ressources Humaines. Ancien psy reconverti après un drame professionnel. Il lui revient de motiver les troupes, préciser les objectifs, favoriser la cohésion des équipes, mais également de mesurer compétences, aptitudes et performance. En position de force, il dirige les entretiens annuels d’évaluation. 91 questions en 12 minutes, rien à voir avec une conversation amicale. Il suffit de se concentrer que les chiffres et sur les cases à remplir, afin de bien caser les employés dans des cases…

Pour éviter de trop culpabiliser, face à ce manque d’humanité, il décline ses désirs, tous tournés vers le matériel. Son histoire à lui, revient à combler le manque d’être par le verbe avoir.

Ce qui les rapproche finalement, au-delà de leur employeur commun, ce sont les injonctions, la surveillance, la pression, l’ambition. Ils ont le même crédo : MORE IS MORE. Mais pour gagner quoi ? Le droit douloureux de comprendre que le zèle et l’ambition, les sacrifices, ne suffisent pas toujours dans ce monde impitoyable ?

Alexandra Badea propose ainsi une pièce caustique et bien rythmée. Elle s’appuie sur une syntaxe qui restitue brillamment cette course folle à la réussite ainsi que le désagrègement de ces êtres dans l’oubli d’eux-mêmes. 

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