Littérature française

« Contrôle d’identité » et « Mode d’emploi », Alexandra Badea, L’Arche, 2009


Un billet rapide sur deux courtes pièces d’Alexandra Badea qui flirtent grandement avec l’absurde.

« Contrôle d’identité » confronte Erol Karaka, un pauvre réfugié politique à une bureaucratie kafkaïenne. En attente de ses papiers et d’une possible régularisation, il a fourni bien des efforts. Durant des années, il a nourri l’espoir de pouvoir enfin se poser et se reconstruire. Il s’est plié aux règles, a cherché à s’intégrer et à répondre aux attentes des autorités, notamment en apprenant le français. « Mais pourquoi parler une langue dans laquelle il ne peut pas vraiment parler parce qu’il n’a pas obtenu ce droit ? »

Face au énième refus, au énième dialogue de sourds, il éprouve désormais une immense lassitude.  Son seul souci c’est sa survie, c’est vivre le présent et non la conjugaison du subjonctif présent passif. Son long monologue, quelquefois réduit à de simples mots-phrases, dit la perte d’espoir et de confiance, l’insularité des êtres, les violences et la déshumanisation. Dans une poésie de l’exclusion, qui regorge de belles trouvailles linguistiques, il raconte la précarité, les arrestations, les délits de faciès, les contrôles d’identité, les queues interminables pour rien, les agents-machines esclaves de leurs questionnaires, autant de difficultés que la femme et l’amour ne parviennent plus à adoucir. 

« Mode d’emploi » met en scène une femme dépressive qui semble avoir perdu le mode d’emploi du bonheuret qui se perd dans la notice quelque peu parodiée d’un médicament. 

Mais au-delà de son cas, la dramaturge pose la question des multiples prescriptions, sociales, religieuses, étatiques, parfois reprises par les magazines, qui conditionnent nos existences. Les modes d’emplois officiels, ceux à suivre pour obtenir des papiers ou des permis, des certificats. D’autres plus insidieux, comme le mode d’emploi parental, celui du couple, le manuel scolaire catholique d’économie domestique destiné aux femmes, qui opèrent parfois comme des diktats et génèrent des peurs. A cela s’ajoutent les cartes, les contrôles aux frontières, le politiquement correct, l’obligation de cocher des cases, de rentrer dans des cases, d’assumer le moindre de ses choix, de ses gestes ou de ses paroles…Autant de situations liberticides qui nous font courir le risque d’un enfermement ou d’un sentiment d’étrangeté. 

Le tout est décliné dans des scènes éparses et absurdes qui s’enchainent à la manière de la répétition et de l’épanadiplose. 



Les sujets sont certes intéressants, et leur approche souvent judicieuse, mais il faut bien reconnaitre que l’absurde, l’absence d’une réelle intrigue, et le morcellement des scènes nuisent à la bonne compréhension du lecteur. 

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