Albums, BD

« Guantanamo kid, l’histoire vraie de Mohammed El-Gorani », Jérôme Tubiana et Alexandre Franc, Dargaud, 2018



Comme le titre l’indique, l’album se propose de divulguer au monde, dans le menu détail, le parcours du jeune Mohammed El-Gorani, un tchadien de la tribu des Goranes, né en Arabie Saoudite en 1987. Ses parents avaient en effet souhaité s’installer à Médine, la ville sainte, histoire d’être plus près du dieu et de gagner plus facilement le paradis. Ironie de l’histoire, cette ville tentaculaire est plutôt infernale pour les étrangers, qu’ils soient tchadiens, soudanais, ou pakistanais.
Du haut de ses 14 ans, face à autant d’adversité, Mohammed se voit donc contraint de gagner plus ou moins sa vie comme vendeur de rue, avec son frère.
Soutenu par son copain Ali, un Pakistanais, il nourrit cependant des ambitions. Le voilà qui envisage de faire des études d’informatique au Pakistan, puisque cette voie est réservée ici aux Saoudiens. Devenu Youssef Abakir Saleh pour les besoins de la cause, il ment sur son âge et achète un passeport

. Comme il est manifestement né sous une mauvaise étoile, il est loin d’imaginer qu’en adoptant ce faux nom il signe sa perte et le début de ses problèmes avec les Américains. 
La vie semble enfin lui sourire, puisqu’on le retrouve à Karachi, heureux entre ses cours et les moments partagés avec la famille d’Ali. Il lui semble bien que l’avenir s’annonce radieux, mais ceci est sans compter sur les attentats du 11 septembre, la soif de vengeance des USA, et la cupidité de la police corrompue. Le voilà arrêté pour un motif bidon par des policiers pakistanais qui vendent leurs prises 5000 dollars par tête aux Américains.

Après un bref séjour dans un camp afghan, à Kandahar, les premières insultes et humiliations, les premières tortures, il est conduit à Guantanamo, une zone de non droit, où l’on pratique l’art de la torture et de la barbarie avec une inventivité scandaleuse. Une zone d’où l’on met des années à sortir, même une fois disculpé. Affublé du numéro de matricule 269, il n’est plus qu’un exutoire à la folie vengeresse. Seul un certain sens de la dérision et de la résistance espiègle lui permet de tenir une quinzaine d’années dans cet enfer. 

Je ne suis pas fan du graphisme de l’album. Le trait est trop rudimentaire, les cases un peu trop surchargées. Mais qu’importe ! Le sujet est grave, le personnage on ne peut plus admirable de courage et de ténacité.
Son histoire et ses pérégrinations à travers le monde sont tellement inouïes qu’il finit par nous sembler que Mohammed n’a qu’un seul défaut : celui d’être né et de vouloir se faire une petite place quelque part, un défaut qu’il contrebalance par une incroyable force de vie. Vraiment Monsieur El Gorani, chapeau !


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