Cinéma étranger

« Désigné coupable », Kevin Macdonald, 2021


guantanamo

Avec ce titre documenté et poignant, Macdonald se propose de retracer l’effroyable combat de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien injustement interné à Guantanamo, 14 ans durant.

Installé en Europe, Mohamedou est loin de s’imaginer qu’il signe sa perte lorsqu’il se rend au pays pour assister au mariage de son cousin après les attentats de 2001. Il profite paisiblement de la fête lorsqu’il se trouve arrêté puis envoyé à Guantanamo. On le suspecte d’être proche de Ben Laden. Les investigations sont plus que légères, mais en ces temps troublés, l’Occident a besoin de coupables.

Ce film magistral s’intéresse plus particulièrement à sa rencontre avec Nancy Hollander, une brillante avocate (Jodie Foster) et sa collègue Teri Duncan (Shailene Woodley) qui décident, au nom des droits de l’homme et du droit de chacun d’avoir une défense, d’affronter la justice et le monde militaire. Parallèlement, le lieutenant Couch, incarné par un Benedict Cumberbatch convaincant, se voit charger d’assurer l’accusation. Il s’agit pour les autorités de prouver sa culpabilité par tous les moyens possibles.

Outre ce procès, le film pose, sans aucune concession, la question de l’existence même du camp de Guantanamo et de la barbarie qui a pu y régner. Macdonald alterne les temps consacrés à la préparation du procès avec des moments plus difficiles qui évoquent les tortures les plus improbables, la haine de l’autre, le désir de le détruire. A travers le personnage de Couch, encore capable d’humanité, il soulève la question de la justice, la vraie, celle de l’Homme, qui consiste à ne pas accepter l’inacceptable et à ne jamais se compromettre, même lorsque le devoir nous appelle et nous invite à participer à ce qui tient d’une conspiration d’État.

Macdonald échappe au documentaire, en optant pour le mode du thriller juridique et politique. Il parvient également à dire toute l’horreur, sans excès de pathos et sans excès d’images insupportables. Le film repose en grande partie sur un art de la suggestion, permis notamment par la photographie d’Alwin H. Kuchler et les décors de Michael Carlin et Michele Barfoot. Il confronte en outre avec maestria cette barbarie américaine à l’inébranlable humanité de Mohamedou Slahi, qui parviendra, malgré le vol de ces 14 années, à pardonner.

Il convient enfin de saluer le casting et les prestations parfaites des acteurs, notamment celle de Tahar Rahim, qui ne sur-joue jamais, qui est tout en nuance et qui trouve là l’occasion de s’imposer un peu plus encore dans le paysage cinématographique mondial. 

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