Cinéma étranger

« Disclosure » de Michael Bentham, 2020


Ce drame psychologique, qui alterne quelques scènes intérieures et longs moments en extérieur, prend la forme d’un huis clos qui se tient dans une demeure bourgeoise australienne, au sein d’une petite communauté de privilégiés, en apparence tranquille. 

Danny et Emily, respectivement journaliste et réalisatrice, y coulaient jusques là des jours paisibles aux côtés de leur fillette Natasha. Non loin de là, vivent leurs voisins et amis, Joël et Bek, ainsi que leurs fils Ethan et Ben. Sans doute ont-ils partagé nombre de barbecues et d’apéro en bord de piscine. Politicien, Joël est parfois venu en aide au couple, dont il espère finalement la gratitude. Après avoir connu une enfance délicate, Bek, femme au foyer, semble entièrement dévouée à son rôle de mère et à la cause de ses enfants. 

La narration s’ouvre après que Natasha, à peine âgée de 4 ans, a révélé avoir été victime d’attouchements sexuels de la part d’Ethan, qui n’a que 9 ans. Il s’agit alors pour ces 4 adultes, et parents, de se rencontrer amicalement pour envisager la suite à donner. 

Le scénario de Bentham n’est alors pas sans rappeler la pièce de Yasmina Reza, Les dieux du carnage.

Tout commence autour d’une tasse de thé et de quelques propos extrêmement policés. Mais les intérêts des uns et des autres divergent au risque d’oublier ceux des enfants. Le verni craque rapidement, chacun se voit poussé dans ses retranchements, ses contradictions, le rythme se fait trépidant. L’intensité dramatique se fait croissante, les dialogues sont vifs et révèlent toute la complexité psychologique des protagonistes. Non sans cynisme, le film pose la question des attouchements, des non-dits, des rumeurs, des pressions sociales. Seule Emily ne perd jamais totalement de vue les enfants et leur bien-être. La photo, traduit à merveille cette tension. De facture assez classique, elle joue des gros plans et des champs-contrechamps pour dépasser le simple langage et restituer les enjeux psychologiques et personnels qui sous-tendent ces échanges. 

Au-delà, le film peut aussi se lire comme deux portraits de mère, à la fois contrastés et complémentaires. Les deux femmes, incarnées par Matilda Ridgway (Emily) et Géraldine Hakeville (Bek), occupent en effet largement l’écran et les discussions, au point que l’on pourrait évoquer une guerre des mères fermement décidées à défendre bec et ongles leur progéniture respective. 

Le film sait cueillir son spectateur dès les premiers plans. Il a par ailleurs le courage d’aborder un sujet qui tient encore du tabou et qui pourrait concerner chacun d’entre nous.

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