Albums, BD

« Les enfants trinquent », Camille K, Albin Michel, 2019 


Dans cet opus Camille K puise dans ses souvenirs d’enfance pour aborder la difficile problématique de l’alcoolisme, et plus précisément de l’alcoolisme parental.


L’album s’ouvre sur une maison aux apparences charmantes, sise au bord d’une route et entourée d’un joli jardin. Les teintes roses et bleues inviteraient presque à la gaité. Rien ne laisse présager le drame qui s’y joue.
Lorsqu’on en pousse la porte, nous découvrons un couple et ses enfants, Ninon Et Louis.Cette famille pourrait sembler incroyablement moderne, puisque le père a fait le choix de ne pas travailler pour s’occuper des enfants, tandis que l’épouse mène sa carrière. 
On comprend cependant très vite que les relations parentales sont tendues ; le couple n’est pas à l’unisson sur les questions d’éducation et la mère tolère mal que son époux prenne le parti des enfants et la contredise. Les querelles se multiplient, tandis que la culpabilité des enfants se fait croissante. Toutefois le véritable fond du problème est ailleurs, chacun le sait mais tout le monde peine à le nommer. La mère souffre d’alcoolisme.

Le père tente bien de la soutenir, avec patience. Il s’efforce aussi de cacher cette vérité et de préserver les enfants, mais il vient toujours un moment où la chape de silence se brise. Ninon comprend, Ninon souffre, Ninon enrage, et ne peut plus imaginer sa mère autrement que sous la forme d’un rhinocéros menaçant. Elle oscille entre amour et répulsion, ce qui est bien difficile pour une gosse d’une dizaine d’années.

Camille K a le mérite d’analyser avec précision et justesse les sentiments de chacun et les processus complexes mis en jeu. Elle alterne les points de vue, mais elle insiste surtout sur les perceptions des enfants, leurs douleurs et leurs peurs. Elle accorde également la part nécessaire aux justifications de la mère, à son processus de victimisation qui n’est qu’un système de défense tout comme il est le symptôme de ce qu’il faut bien nommer une maladie. Il s’agit aussi pour elle, de parvenir avec à vivre avec sa part de honte et de culpabilité. Ceci fait de l’album, une Bd empreinte de beaucoup d’humanité.

Le graphisme, assez naïf, joue alors des métaphores et des couleurs pour traduire les situations et les émotions des personnages. Camille K opte pour le rouge et le rose lorsqu’elle retrace les crises maternelles, pour le bleu lorsqu’elle évoque les moments de sobriété. 

Cette BD, qui brise donc de belle manière ce qui tient du fléau et du tabou, mérite franchement d’être découverte .

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