Littérature française

« 11 septembre », Michel Vinaver, l’arche, 2002


Avec ce titre, Michel Vinaver nous propose une pièce qui présente bien des originalités, à commencer par son édition bilingue. Elle fut en effet écrite en américain avant d’être traduite par l’auteur lui-même, et elle conserve certains passages en anglais dans les répliques du chœur. Le choix de cette langue s’explique par la démarche du dramaturge qui construit sa pièce à partir de propos rapportés provenant de la lecture de la presse quotidienne américaine.
Son écriture s’inscrit dans les semaines qui ont suivi la destruction des twin-towers de Manhattan.

Le texte s’écrit à partir de documents bruts, de matériaux authentiques, autant de bribes de messages laissés par les victimes, les personnels de l’aéronautique, les politiques ou encore les terroristes. Vinaver les entremêle savamment, s’inspirant des cantates et des oratorios. Ainsi des airs à une, deux ou trois voix alternent avec des récitatifs, des parties chorales.Il tisse et confronte les points de vue, restitue la cacophonie qui a entouré le chaos et il confère ainsi surtout beaucoup d’intensité à son propos.
La pièce s’ouvre sur la parole et la prise de pouvoir d’un des terroristes dans la cabine de vol de l’American airline 11, puis sur celles d’un contrôleur aérien et du pilote du vol 175. Une cible se dirige dans le même temps sur la maison Blanche et le Capitole, un Boeing 757, également détourné. On pressent que les crashs sont proches et que le monde va être brutalement confronté à une catastrophe aussi inouïe qu’immense.

 » Les décisions prises au cours de ces 72 minutes fatidiques
Auront fait la différence entre la vie et la mort
Pour toute sorte de gens de toute sorte « 

Le rythme s’accélère encore lorsqu’un le vol 93 devient problématique à son tour alors que les tours viennent d’être détruites. La voix de Todd, un passager qui raconte le détournement, les premiers morts à bord, la menace d’une ceinture d’explosifs, et qui aimerait tenter quelque chose, s’entrelace avec celle de Bush qui assure qu’on va traquer et châtier les responsables. Un journaliste recueille les premiers témoignages de rescapés près des Twins. La perte de toute ponctuation dit la terrible rapidité des événements, la fumée, les brûlés, les tentatives désespérées, les actes de bravoure, l’histoire d’un laveur de vitres et de son seau providentiel. Les propos victorieux de Ben Laden achoppent sur ceux de Bush, soucieux comme de nombreux traders de prémunir l’économie contre la menace d’un effondrement. « Il est vital de consommer ! ». Le cynisme n’est jamais loin…

On pressent bien à la lecture tous les possibles qui s’offrent au metteur en scène, et il est bien évident, qu’elle ne peut prendre tout son sens et tout son intérêt que dans la représentation. Toutefois, le travail d’écriture mérite qu’on s’y attache, qu’on s’y attarde. Le texte se lit en effet comme une symphonie tragique d’un genre nouveau qui parvient brillamment à restituer la stupeur, la sidération que l’on a pu ressentir ce jour improbable, le chaos qui a ensuite gagné le monde comme une trainée de poudre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s