Albums, BD

« Scum. La tragédie des Solanas », Théa Rohzman et Bernardo Munoz, Glénat, 2021



Un album décapant et un tantinet dérangeant !

Cet album est un biopic consacré à Valérie Solanas, une femme dont je ne connaissais absolument rien et qui doit sa célébrité à la rédaction de SCUM, un manifeste féministe extrêmiste, mais aussi à sa tentative de meurtre sur la personne d’Andy Warhol.

Le récit joue avec la chronologie et alterne les planches réservées à l’enfance de Valérie et celles qui retracent son parcours new yorkais.

Née dans une bourgade américaine du New Jersey, Valérie a connu l’enfer de l’enfance brisée, entre violence, inceste, alcoolisme et misère. Contrainte de fuir un milieu familial plus que délétère, elle connait ensuite la dureté de la rue et bien des galères : drogue, vie de SDF, prostitution…tout ceci dans la plus grande solitude.


 » C’était la première fois que je rencontrais une fille qui ressemblait à un rat. »
 » Tu as coupé tous les fils entre toi et les gens. »

On pourrait aisément voir dans le personnage, l’incarnation de la misère humaine, surtout si l’on ajoute à ce portrait la schizophrénie paranoïde dont elle souffre.

Dotée cependant d’une grande intelligence, elle s’essaie à l’écriture et rêve plus que tout de devenir célèbre, comme s’il s’agissait d’une revanche à prendre.

Affranchie et relookée, elle se rend donc à New York où elle espère s’offrir une nouvelle vie. Nous la découvrons tour à tour installée devant sa machine à écrire, ou déambulant dans les rues de Greenwich Village, le coin à la mode où traine toute la Hype de l’époque.

Outre une pièce de théâtre assez crue, elle rédige le SCUM, un manifeste aux allures de pamphlet, qui vise à verbaliser son projet d’exterminer tous les hommes, puisque selon elle, le mâle n’est qu’un accident de la nature. Elle appelle ainsi toutes les femmes qui ont le sens des responsabilités et de la rigolade à une révolution radicale. Il ne s’agit pas moins que de renverser le gouvernement puis de supprimer  les hommespour asseoir un pouvoir féminin. Elle refuse en effet toute égalité à l’intérieur du système existant. Elle peine cependant à se faire entendre dans les réunions de féministes, pourtant nombreuses.

Seul Andy Warhol, qu’elle rencontre à plusieurs reprises à la Factory sans y être invitée, semble disposé à l’écouter, ou plus exactement à s’en amuser, ce qu’il n’emporta pas au paradis.

L’intérêt du scénario est incontestable, et il constitue finalement un hommage à Valérie, en lui assurant une certaine postérité. Il est cependant un tantinet dérangeant par son langage extrêmement cru et la violence, presque banalisée de certaines situations.

Le graphisme ne m’a pas toujours convaincue. Je n’ai pas forcément apprécié la mise en couleur ni une certaine rudesse du trait.

Bien évidemment ce langage et cette rudesse sont forcément induits par le sujet et surtout par ce personnage lui-même. Il faut accepter de se glisser dans sa folie, pour mieux le percevoir. Là est assurément tout le brio de cet album. Le traitement graphique et scénaristique de la schizophrénie est une réussite. L’auteur la matérialise par la présence d’un rat, suffisamment domestiqué pour tout partager avec Valérie. Leurs nombreuses conversations, leurs points d’accord ou de divergences permettent de restituer toute la complexité de cette maladie. 

Si vous souhaitez en découvrir plus sur le personnage, France Inter lui a consacré deux émissions.https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/valerie-solanas-22-le-scum-manifestos

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