Littérature française

« Ama le souffle des femmes », de Franck Manguin et Cécile Becq, Sarbacane, 2020.



Au menu BD du jour, une très jolie pépite qui plonge son lecteur, au propre et au figuré, dans un pan de la culture nippone. Durant l’été 1962, Nagisa, une jeune tokyoite, débarque sur l’île Jegura où l’accueille sa tante Isoé qui appartient à la communauté des Amas, ces plongeuses nues qui pêchent les ormeaux en apnée. On se plait d’ailleurs à les contempler au fil des planches, vêtues d’un simple turban sur la tête et de lunettes de natation. Reliées à un bateau par un long bout, elles les décrochent des rochers au couteau avant que leur tomaé ne les remonte.

 » Si nous pêchons nues c’est pour s’adapter à la nature et lui prendre ce qu’elle peut nous donner. »

Nagisa aspire à apprendre le métier, mais il n’est pas si aisé de se faire une place parmi ces femmes au caractère bien trempé, surtout lorsqu’on est la fille de sa mère ! Pas si simple non plus de troquer son kimono dernier cri contre une nudité quasi permanente malgré les variations saisonnières. Son apprentissage se double, par ailleurs, d’une quête de ses racines.

Mais si elle se laisse gagner par la beauté des dunes, la poésie des lieux, l’incroyable solidarité de ces femmes et leur parole libre, elle ne parvient pas, malgré les années, à oublier que sa venue consistait en un exil forcé, qu’il s’agissait du prix à payer pour le déshonneur infligé à la demeure parentale. 

L’album mêle avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité le documentaire ethnographique au drame humain. Empreint de poésie, il s’appuie sur le dessin délicat de Cécile Becq, sur la variété des plans et les menus détails qui donnent toute leur saveur à cette immersion nippone. Le traitement des couleurs en 3 nuances, et la déclinaison des bleus collent parfaitement au sujet et à l’ambiance de ce village du bord de mer. Le dépaysement est garanti ! Une certaine zénitude aussi.

Lecture effectuée dans le cadre de la BD de la semaine, hébergée cette semaine chez Noukette

18 réflexions au sujet de “« Ama le souffle des femmes », de Franck Manguin et Cécile Becq, Sarbacane, 2020.”

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