Littérature française

« Tu verras », Nicolas Fargues, Pol, 2011




Tout commence par une citation d’Akon « Body wanna see us together », une portion de chanson qui hante un père depuis que son fils n’est plus.

Comme dans un long monologue intérieur, ce père évoque Clément, parti bien trop tôt …
Il se remémore leur complicité, mais aussi ce difficile passage à l’adolescence, ce conflit de génération inévitable autour de la musique, des tenues, du baggy qui laisse apercevoir un caleçon. Il avait bien conscience de lui faire honte quelquefois avec ses manières de quadra juvénile, il admettait même qu’il ne pouvait plus l’attendre directement à la sortie du collège. Il regrette aussi ses agacements, ses colères même, devant les cahiers et les livres écornés, les miettes sur le tapis, la flaque dans la salle de bain après la douche, les fringues égarées au milieu du salon, les leçons mal apprises, les écouteurs toujours vissés sur les oreilles et ce fichu rap…
Maintenant ses exigences lui semblent bien disproportionnées, bien dérisoires. Il voulait le préserver, en faire quelqu’un de bien, un homme de valeur, un vrai, mais le fiston n’est plus…
Il avait bien remarqué que Clément avait changé, qu’il était tristounet depuis le retour du voyage scolaire à la Bourboule. Il avait imaginé une fille derrière tout cela…Mais ces gosses sont tellement secrets !

Ce père erre avec sa peine immense, incapable de reprendre le métro, de dormir ailleurs que dans le lit du fils. Tout lui semble insupportable, à commencer par Caroline, sa petite amie égocentrée et son infinie dilation du moi. Il porte un regard tout autant aigu que désabusé sur tout : les habitudes du quotidien, la dureté des matins lorsque la réalité vous rattrape, le monde et tous ces autres qui s’obstinent à vivre. Comment échapper à la tentation de la mort à son tour ? Que signifie vivre encore ? 
Nicolas Fargues évoque ainsi le pire deuil qui soit, avec beaucoup d’acuité et de sensibilité. Tout en suggestion, il aborde également cette étape complexe qu’est l’adolescence, ce moment où les parents peuvent avoir le sentiment que leurs enfants les lâchent, leur échappent. 

Au-delà, c’est aussi un beau témoignage d’amour paternel.


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