discussion « Etenesh, l’odyssée d’une migrante » de Paolo Castaldi, Des Ronds dans l’O, 2016


Collection Les témoins racontent l’histoire.

A travers cet album Paolo Castaldi aborde « le thème douloureux de l’immigration clandestine qui s’inscrit dans le parcours tragique de l’épopée collective de milliers de vies vendues et désespérées, affrontant le voyage infernal de l’espérance vers l’Occident ». 

« Si je pouvais revenir en arrière, jamais je ne referais ce voyage » songe Etenesh quelques années plus tard. C’est pourtant animée de grands espoirs que la jeune Ethiopienne s’attelle à ses derniers préparatifs Lorsque s’ouvre le récit. Elle a bien conscience qu’il faut forcément voyager léger, mais comment réduire son existence à un misérable sac de voyage ? Que sacrifier ? Peu importe, après tout elle ne veut « qu’un futur, rien d’autre qu’un futur. »

Son baluchon sur l’épaule, elle se met enfin en route un matin de 2004. Elle doit regagner Addis Abeba en bus avant de prendre la direction de Khartoum au Soudan et de chercher des petits boulots, qui rimeront avec esclavage mais qui lui permettront de financer la suite du périple jusqu’ en Lybie et de payer sa dime aux passeurs. 

Commence alors l’enfer de ce cheminement vers l’inconnu. Aucune feuille de route, aucun détail sur le parcours, ses conditions, ses risques. Juste la peur comme unique certitude, les coups, les crachats, les fusils, le racket, le viol…La protection n’est pas toujours où on l’attendrait.

Ethiopiens, Erythréens et Somaliens partagent ce même sort. Certains meurent d’avoir voulu avaler des boulettes remplies de billets de banque enroulés dans du cellophane pour éviter les vols. D’autres meurent de faim, de soif, d’épuisement, de maladie…La traversée du désert est impitoyable. Ils partirent 50 et n’arrivèrent que 6…A son grand désespoir Etenesh demeure en vie. Elle survit même au centre de Sabah en Lybie alors qu’il reste bien des problèmes avant de franchir les frontières européennes. 

Le récit, inspiré de témoignages réels, raconte sans concession comment s’organise ce marché abject mais juteux et comment les États font finalement preuve d’une certaine surdité à la douleur des autres en se protégeant à coups de lois de refoulement, ce en dépit de la convention de 51. 

L’album est peu bavard, il compense avec le poids des images, les gros plans sur les visages et les souffrances. Le dessin opte pour des couleurs sombres, seul le tissu rouge du vêtement d’Etenesh apporte un peu de couleur et permet de la repérer au milieu de tous ces anonymes qui partagent son sort. Le trait est rude, sec, à l’aune du désert et des coups infligés. 

Lecture effectuée dans le cadre de
hébergée cette semaine chez Moka

11 commentaires

  1. à chaque fois que je vois ce genre de thème, je suis tentée pour le côté « apprentissage » pour ceux bien à l’abri et ça fait froid dans le dos…

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