discussion « Les gens du Balto », Faïza Guène, Hachette Littératures, 2008



Parce que l’on peut faire de chouettes trouvailles avec les livres voyageurs, un billet aujourd’hui sur un roman dévoré en quelques heures, tant j’ai apprécié son ambiance, son sujet et son ton assez décapant. Merci à la Bonne âme qui l’avait déposé sur les étagères du Chocolatier près de chez moi…

Avec ce titre, déjà ancien, Faïza Guène, encore toute jeune, nous propose un thriller social bien mené. Le récit s’ouvre sur un prologue étonnant, puisque Joël morbier, alias Jojo, ou encore Patinoire à cause de sa calvitie, revendique son droit à la narration alors qu’il git sur son carrelage, dans une mare de sang. Il préfère raconter son histoire lui-même tant il n’a aucune confiance dans les journaux. Il faut dire qu’il connait bien la presse ce sexagénaire, puisqu’il n’est autre que le patron du Balto, le bar-tabac-journaux du coin, « le poumon du village » mais aussi « son sac à vomi ». 

Si l’on ignore pourquoi il se trouve dans cette fâcheuse situation, on comprend rapidement qu’il appartient au clan des aigris qui rêvent d’une France particulièrement tricolore dans laquelle les femmes se vêtiraient de tenues décentes et dans laquelle les jeunes gens seraient plus stakhanovistes que tireurs de joints ou adeptes des consoles de jeux. 


 » Il paraît que je suis un homme antipathique. Je dirais plutôt que j’ai reçu moins d’amour et de compassion que ce que je mettais. »


Un peu à la manière du Rousseau des confessions, ce misanthrope qui vit à Joigny les Deux Bouts depuis 50 ans, cherche à se disculper tout en brossant un portrait rapide de ses plus fidèles clients. Cette commune, qui a les allures « d’un bled » situé à l’extrémité d’une ligne de RER, s’impose un peu comme une terre d’ennui et de désolation, ce qui explique pourquoi ce patron antipathique reçoit encore des clients. 

Le récit se fait alors roman choral, offrant tour à tour un temps de parole, puis d’interrogatoire policier, à tout une série de personnages hauts en couleurs. Taniel le jeune Arménien qui en a assez qu’on le prenne pour un turc, qui s’emporte souvent trop vite, mais qui craque pour le parfum citronné de Magali. Magali, jeune bimbo de 16 ans en rébellion contre ses parents, rêve elle d’un ailleurs où elle sera reine. A ces deux-là s’ajoutent Nadia et Ali Chacal, les jumeaux marseillais qui peinent à survivre dans ce trou ; Madame Yéva, et ses problèmes de boulot et de couple, Jacques un père de famille suffisamment accro aux jeux pour avoir tenté d’escroquer l’argent de poche de ses gosses, et Yeznig le môme handicapé. Chacun de ces personnages en évoque d’autres et expose son point de vue sur le fameux Jojo. Tous auraient d’ailleurs un mauvais alibi et un très bon mobile pour le crime, ce qui ne facilitera pas le travail des enquêteurs.
Ces portraits en cascade sur fond de banlieue, de misère humaine et de racisme, permettent à leur auteure d’aborder nombre de problèmes de société, mais elle pose aussi cette question fondamentale du besoin de dignité. 
C’est un récit au vitriol sans aucune concession, une autopsie des banlieues faussement tranquilles, où rôde le chômage, la haine de soi et celle de l’autre. Cela pique et cela malmène la langue…mais c’est aussi assez désopilant par moments et certaines formules, images ou sont vraiment bien trouvées. 

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