Cinéma français

«Les éblouis», de Sarah Suco, 2019


Voilà bien longtemps que je n’avais pas partagé un billet ciné. Certes il y a eu les fermetures des salles obscures avec la pandémie, mais aussi un certain laisser-aller dans l’écriture…

Je ne reviendrai sans doute pas sur les films vus entre juin et octobre, cela aurait un goût de réchauffé, mais je peux prendre le temps d’évoquer les derniers vus au Cinécity de Nouméa, qui peine actuellement à trouver suffisamment de sorties pour alimenter ses 12 salles.

Parlons donc des « Éblouis » de Sarah Suco, un film superbe inspiré de sa propre expérience dans une communauté charismatique.

    Lorsque nous découvrons la jeune Camille Lourmel, elle mène l’existence à la fois simple et pleine d’une pré-ado de 12 ans, passionnée par son école de cirque. Son père (le convaincant Éric Caravaca) qui enseigne dans un lycée, la soutient de son amour bienveillant, tandis qu’il peine à faire face à son épouse Christine, parfaitement incarnée par une Camille Cottin qui gagne ici un premier rôle sérieux. Comptable de formation, cette dernière gère désormais sa famille nombreuse et frise le burn out.

    Sa vie bascule cependant lorsque sa mère a le sentiment de trouver réconfort et apaisement dans une foi de plus en plus envahissante. C’est anodin au départ, on développe un esprit de partage et quelques prières collectives avant d’embarquer toute sa famille dans sa démarche et de tout plaquer pour intégrer une communauté religieuse comme celle du Berger (incroyable Darroussin) qui prône l’amour, la solidarité mais aussi l’austérité.

Finis les jeans et les baskets, adieu l’école de cirque…A la place une robe digne des bures ancestrales, prières, messes, bénédicités et confessions publiques.

Comment une ado peut-elle conjuguer avec un tel embrigadement ? Comment peut-elle résister à un mode de vie aussi dangereux que sectaire et retrouver un semblant de liberté, notamment la liberté de s’éveiller à l’amour du jeune Boris ?

Cet intégrisme catholique est un sujet intéressant en soi, et le propos de Sarah Suco est intelligent, sobre, ouvert. Sans manichéisme elle se livre à une analyse des mécanismes à l’œuvre, tant du point de vue des adeptes que de celui du « gourou ». Le casting est parfait, mais il faut reconnaitre que les acteurs confirmés se font ici voler la vedette par les plus jeunes. Spencer Bogaert offre un Boris très touchant, tout en nuances grâce à une palette de jeu prometteuse ; quant à Céleste Brunnquell, qui m’a littéralement envoûtée dans la brillante série En thérapie, elle confirme sa formidable capacité à crever l’écran. Son visage prend magnifiquement la lumière, ce que ne boude pas la photographie d’Yves Angelo. Outre son phrasé particulier qui dit à la fois toute sa force et toute sa fragilité et qui me touche profondément, il lui suffit de fixer la caméra pour nous conter toute une histoire intérieure et nous faire vivre les émotions les plus contrastées. Quelle actrice magistrale !!!

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