Littérature française

« Pyongyang 1071 », Jacky Schwartzmann, Paulsen, 2019




Je serais sans doute passée à côté de ce titre si mon collègue documentaliste ne me l’avait pas proposé après ma lecture de Delisle. Ce n’est certes pas de la grande littérature, mais le récit mérite le détour tant pour son ton que pour son témoignage. 

 » Le lien entre le marathon et le régime nord-coréen est limpide : l’endurance. » Cédric Fabre 


Le roman s’annonce quelque peu déjanté dès l’incipit. Humour et autodérision sont de mise pour ce narrateur, ce cinquantenaire, qui a un jour l’idée saugrenue de s’inscrire au marathon de Pyongyang. Ce jour fut d’ailleurs pour lui plutôt une soirée créole. Mais c’est presque un détail. Ce qui importe surtout c’est que c’est l’une de ces décisions qui amènent une vie à « prendre une tournure étrange », un peu comme si vous passiez  » sur une plaque de verglas existentielle ».
Lui qui n’avait jusque-là rien d’un baroudeur tourne alors en boucle autour de ce projet qui se fait obsession.Comment résister à cette possibilité de découvrir de ses propres yeux une dictature communiste post-soviétique, la dernière des dernières affublée de surcroît d’un folklore kitch et décalé ? 

Reste à faire son coming out… mais qu’est-ce qui est le plus débile ? Courir un marathon où se rendre en Corée du Nord, ce pays qui a l’allure d’ » Un Truman show version 1984″ ?

Peut-être conviendrait-il, à l’avenir de fuir les soirées créoles…

Il n’est pas si aisé pour le narrateur de surmonter l’incrédulité des uns et des autres et de se trouver quelques supporters, d’autant qu’il n’a pas couru depuis des années, excepté après un job intéressant. Précisons en effet que notre quinqua, écrivain en mal de publication, s’est vu contraint de vivre de petits jobs aussi alimentaires que provisoires avant d’accepter l’un de ces boulots « low-cost » dans un centre d’appel.


 » Mais tu es sûr que tu peux courir 42 bornes, c’est beaucoup quand même ?


Même Séverine, son épouse patiente et solidaire, émet quelques doutes discrets. Certes il a bien effectué plusieurs séjours en Roumanie et en URSS, mais il manque furieusement d’entrainement.

Le défi est cependant lancé, accepté par Olivier, son oncle en grande forme, et son amie Clémentine, fan de défilés militaires et de la coupe de cheveuxde Jong-un.

Quelques longues et périlleuses séances de coaching plus tard, le voilà donc aupays des Kim pour revêtir le dossard 1071 avant de céder à dix journées d’exotisme socialo-nucléaire, dans l’espoir vain de communiquer avec un Nord-Coréen.

Ce tourisme, encadré par des guides qui visent davantage à les contenir qu’à leur ouvrir le chemin, est ainsi l’occasion d’un carnet de voyage incisif. Notre coureur de fond porte en effet un regard intraitable sur ce pays entièrement tenu par le sourire du père fondateur, immortalisé à jamais, et par la haine de l’Amérique. Tout respire la propagande et l’esbroufe, la pauvreté, l’absence de liberté.  « La soupe à la Kim », à aulne de la philosophie du juché, le révolte chaque jour davantage. 

Entre humour et gravité, ce récit se laisse dévorer et s’il ne nous dissuade pas de participer à la prochaine soirée créole, il nous dispense d’un voyage onéreux au pays de la vénération collective. 

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