discussion « Bénie soit Sixtine », Maylis Adhémar, Julliard, 2020


Ce premier roman de Maylis Adhémar, qui relève de l’autofiction, est l’histoire d’une échappée belle, le récit de la renaissance au monde de Sixtine, qui ignorait parfaitement son état de recluse. A peine sortie de l’adolescence, celle qui a grandi dans le profond respect du catholicisme, rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde, qu’elle épouse rapidement. Il est de bonne famille, ils partagent les mêmes valeurs, les voilà donc promis au vrai bonheur, « celui des époux catho dans un monde païen. Bientôt ils feront de nouveaux petits croisés… »

L’aventure s’avère pourtant assez vite déceptive, entre son mari un peu hâtif, sa belle-mère qui mène son monde à la baguette et une grossesse difficile.
Mais Sixtine tient bon et serre les dents, exhortée dans ses efforts, par sa mère Muriel, elle-même fervente catholique. Après tout, le mariage, c’est pour le meilleur et pour le pire. On enfante également dans la douleur…

L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions aussi ! Les tragédies ne sont jamais loin. C’est précisément l’un de ces retournements de situation inattendus qui conduit la jeune femme à quitter la ville et à rompre avec ses proches.

Maylis Adhémar brosse un portrait assez vitriolé de ces milieux intégristes chrétiens, incarnés notamment par le père André, fondateur dugroupe des Frères de la Croix qui voit Jean Paul 2 comme l’Antéchrist. Dans un style incisif, parfois mordant, elle met à nu bien des paradoxes, et dénonce cet instinct de supériorité et cette condescendance qui animent une famille traditionnaliste comme Les Sue de la Garde. Chez eux, la foi rime avec intolérance, racisme et fascisme…

La narration alterne par ailleurs le récit de Sixtine et les carnets d’Erika, la grand-mère dont on s’était efforcé de gommer l’existence, si bien que la conquête de la liberté se confond avec une quête identitaire et familiale. 

Si le dénouement ne m’a pas convaincue, j’ai beaucoup aimé le ton caustique de l’ensemble. Maylis Adhémar cultive l’art du portrait et des analyses psychologiques. Elle aborde une question tout autant d’actualité qu’universelle, tant les mécanismes d’endoctrinement, qu’ils soient politiques, idéologiques ou religieux se ressemblent. Le récit sent le vécu, il est même parfois glaçant de vérité. 

2 commentaires

  1. Un projet de lecture que tu me remets en mémoire. Je l’avais noté cet été à sa sortie, et il a été noyé sous les autres envies…

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