discussion « Le bal des folles », de Victoria Mas, Albin Michel, 2019


Voilà encore une lecture effectuée l’an dernier qui m’a permis de découvrir une bien jolie plume et qui m’a touchée par son sujet. Il serait difficile de ne pas être sensible à cette façon dont on se débarrassait des femmes et des filles gênantes dans le Paris Haussmannien. 

Le récit, qui s’ouvre en mars 1885, nous plonge dans un dortoir de femmes bien particulier à la Salpétrière. Louise, encore adolescente et victime d’inceste, se réfugie dans le sommeil pour éviter de s’inquiéter et sans doute pour oublier un peu qu’elle séjourne depuis 3 ans dans cette aile réservée aux aliénées. La pensée de Jules, l’interne en médecine qui lui promet monts et merveilles, mais ne vaut guère mieux que les autres, lui procure un peu d’espoir. Elle est bientôt rejointe par Eugénie Cléry, une jeune fille bien née, qui aurait pu sembler promise à un meilleur destin. Comme nombre d’autres pensionnaires, ce qui les réunit ici a moins à voir avec une quelconque folie qu’avec des trahisons familiales ou sociales. On enferme là les putains, les victimes ou les filles récalcitrantes qui refusent de se fondre dans le moule qu’on leur tend. Pourtant, ceci n’arrête en rien les travaux de Charcot et de son équipe, puisque ces pauvres femmes, prétendument atteintes d’hystérie, constituent un vivier intéressant pour les séances d’hypnose. Admirative du neurologue le plus célèbre de Paris, Mme Geneviève, quant à elle, orchestre de main de maître la vie du dortoir :  » Elle a renoncé à voir les femmes derrière les patientes. »

C’est elle aussi qui veille à l’organisation du fameux « bal des folles » donné chaque année au printemps et qui ravit l’élite parisienne venue s’encanailler entre fascination et répulsion. Les préparatifs de ce moment festif sont l’occasion d’une certaine effervescence chez les recluses qui semblent presque oublier un moment leur enfermement. Les minutes s’égrènent moins vite !

Dans ces murs le temps est en effet l’ennemi fondamental. « Il fait jaillir les pensées refoulées, rameute les souvenirs, soulève les angoisses, appelle les regrets »…surtout lorsqu’on a toute sa tête. Certaines finissent par la perdre, la raison ; d’autres se résignent ou voient même leur prison comme un refuge. Eugénie, elle, compte bien recouvrer sa liberté, mais comment ???

Ce récit bien rythmé tient son lecteur en haleine et s’appuie sur une écriture poétique et assurée, déterminée à dire cette cruauté faite aux femmes (une de plus). 

« Les hommes exercent leur folie contre les femmes, les femmes sur elles-mêmes. »

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