discussion « Noces de jasmin », Hella Feki, JC Lattès, 2020


J’ai accumulé un tel retard dans la chronique de mes lectures ces derniers mois, que je vais sans doute en passer beaucoup sous silence. Je ne voudrais cependant pas manquer de vous entretenir d’un très joli premier roman signé Hella Feki, non pas uniquement parce que j’en connais la charmante auteure, mais surtout parce que j’ai été séduite par son écriture aussi incisive que sensuelle, et notamment par son incroyable poésie des corps.

Le récit, resserré et orchestré en 3 temps, à la manière d’une tragi-comédie moderne, retrace les 9 jours qui ont précédé la chute du régime tunisien en 2011. L’immolation de Mohamed Bouazizi vient d’enflammer un pays « où l’on faisait semblant » mais où grondait une colère sourde depuis longtemps. Hella nous conte alors l’agitation, les cris de la rue, les espoirs de toute une jeunesse qui veut en finir avec cette « société névrosée, censurée, étouffée » mais aussi les non-dits, les silences obéissants ou non, l’intolérance. 

Au-delà de l’évocation de ce printemps arabe, et de la réflexion sur les réseaux sociaux, le hacktivisme et la cyber-dissidence, ce roman choral est aussi l’occasion d’une galerie de portraits contrastés qui permet de confronter les points de vue et les générations et de faire sourdre les pensées que l’on croyait bien enfouies ou simplement impossibles et inavouables. Il pose en outre les questions étroitement liées de l’identité et de l’altérité avec subtilité.

Mais Noces de jasmin est aussi l’histoire d’amour naissante entre Medhi, un jeune journaliste emprisonné, et Essia, un amour récent, mais surtout empreint d’une formidable charnalité qui dit toute leur aspiration à la liberté. 

La liberté et la beauté de ce désir, c’est ce qui permet à Medhi de résister entre les 4 murs de sa cellule lorsqu’il tourne en rond, s’interroge sur sa fin, se demande si l’agitation extérieure parviendra à le sortir de là. C’est ce « sefsari » de ses pensées qui, avec les mots qu’il parsème sur les parois, lui permet d’écarter le bruit des tortures et des violences policières et la voix de cette geôle devenue un personnage à part entière.

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