Littérature française

« Le vol de la Joconde », Dan Franck, Grasset, 2019


Dans ce roman historique, Dan Franck s’intéresse à un fait divers qui fit couler beaucoup d’encre : le vol du célèbre tableau de Léonard de Vinci fin août 1911, suivi de l’arrestation d’Apollinaire…
Le récit s’ouvre un matin sur la lecture d’un article mentionnant ce vol. Installé à la terrasse d’un café, Apollinaire cherche subitement à se faire discret et à taire ses angoisses. Il n’est certes pas l’auteur de ce forfait, mais il mesure combien cette affaire pourrait les éclabousser Picasso et lui. Un certain Géry Pieret, un aventurier Belge qui fut un temps son secrétaire, revendique ce vol dans un journal et réclame une rançon, mais il mentionne aussi la revente à un peintre connu de deux statuettes d’origine douteuse. Il faut avouer que le Louvre était alors une vraie passoire. Picasso doit donc écourter son séjour dans le sud et regagner Paris au plus vite !
Organisé en cinq journées, comme autant d’actes tragico-comique qui précédent l’arrestation du poète, le roman prend alors des allures de road story dans Paris. Picasso est en effet le receleur de ces deux statuettes ibériques – achetées une bouchée de pain- qui lui ont inspiré « Les Demoiselles d’Avignon ».
Tandis que la police enquête, relève des empreintes et s’agite, nos deux compères décident de se débarrasser des objets délictueux soigneusement rangés dans une valise. Tous deux étrangers, ils redoutent plus que tout de se voir reconduits aux frontières. La question des désormais de savoir que faire de cette valise ? La jeter dans la Seine et condamner deux œuvres d’art à la noyade ? Ce serait tout de même un crime de lèse-beauté impardonnable !
Le lecteur suit alors leur Odyssée sur fond de bohême artistique, du Bateau Lavoir à la Ruche de Montparnasse, en passant par la riche demeure des Stein, « temple des arts et de la boustifaille ». Cinq jours durant, ils font le tour de leurs amis ou connaissances, en quête de la planque idéale. C’est l’occasion pour Dan Franck de faire revivre toute la bohême artistique de l’époque et de nous offrir de savoureux portraits d’artistes ainsi que des dialogues croustillants, à l’instar des joutes verbales qui opposent Apollinaire à Max Jacob. On rencontre avec plaisir Utrillo et son alcoolisme notoire, Le Douanier Rousseau et ses délires, Jacob, ses facéties et ses « douleurs enfouies », sans parler de ses talents de devin, Modigliani réduit à sculpter des pierres volées sur des chantiers, mais aussi Braque, Matisse, Soutine, Zadkine….
Il retrace ainsi la vie de bohême, le Lavoir, les ateliers, ce Montmartre qui était à l’époque un repère d’artistes fauchés, d’anciens communards, de pickpockets rusés, de journalistes libertaires…

 » Tu as raison, la bohème c’est beau après. » Picasso

Et s’il assume quelques entorses à la chronologie, Dan Franck parsème son roman d’anecdotes parfois fabuleuses et toujours savoureuses. Il évoque ainsi les amours jalouses et compliquées de Picasso et Fernande Olivier, celles d’Apollinaire, ce « cardiaque sentimental », mais aussi les frasques de Dorgelès et de son âne peintre, Lolo, alias Raphael Boronali ou celles de Jarry, qui ne serait pas le véritable père d’UBU.
Le roman est donc extrêmement plaisant et enrichissant !

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