discussion « L’île aux remords », Didier Quella-Guyot et Motivé, Grandangle, 2017


Il est fort probable que cette fin de septembre 1958 marqua les esprits cévenols. Comment oublier cette crue, l’incroyable montée d’une eau fraîche et boueuse, collante et violente ? Même si on a vu bien d’autres gardonnades du genre, comme l’affirme le brave cafetier Fernand, celle-ci s’annonce particulièrement meurtrière et ne peut laisser de marbre Jean, un médecin de campagne.
C’est cependant la soirée qu’il partage avec son père qui le bouleverse et le confronte à ses démons. Inquiet pour ce paternel avec lequel il entretient des relations aussi épisodiques que conflictuelles, il se décide en effet à rejoindre la ferme familiale, isolée dans les Causses.
Le scénario nous conte alors ce huis clos imposé par les conditions climatiques qui confronte l’humour parfois acide et provocateurs du père aux colères sourdes du fils.
Leurs contentieux affleurent d’abord à peine autour d’une potée, puis la nuit devient l’occasion de se dire des vérités et de déterrer les secrets de famille. Le père n’a ni compris ni digéré la fuite du fils, à peine sorti de l’adolescence. Il lui reproche sa difficulté à aimer. Le fils s’interroge sur la mort de Simone, sa sœur qu’il suppute être aussi sa mère. Le père ignore tout de l’existence menée par son fils durant les 25 années qui l’ont tenu éloigné de sa terre natale. Le fils se trouve brutalement confronté à la question de ses origines et de son identité. Chacun confesse ses secrets, se livre et se délivre au risque de discussions virulentes autour de la colonisation, du communisme et de certaines compromissions sources de potentiels remords. L’engagement du fiston dans l’armée coloniale et son expérience de soignant dans les différents bagnes des colonies, qu’il s’agisse de Poulo Condor ou de Guyane sont pour le père des bagages bien lourds à porter…

« Comment as-tu pu collaborer à ça ? »

Le ton alterne humour et gravité au gré des tensions et des rapprochements. Le récit, bien rythmé, aborde avec beaucoup d’humanité la question de l’attachement mais il évoque aussi les dangers de ces non-dits quelquefois mortifères susceptibles de pousser les êtres dans leurs retranchements. Il se construit autour des portraits contrastés de ces deux hommes, aussi attachants l’un que l’autre. J’ai particulièrement aimé le goût de ce vieux paysan , qui n’a jamais quitté sa terre, pour les romans insulaires qu’il collectionne dans son grenier parce que « ça donne vie ».

 » Tu vois cette putain de météo a réalisé mon rêve, j’habite sur une île. »

J’ai apprécié le dynamisme et la précision du dessin, le découpage des vignettes et les plans qui soulignent parfaitement la tension dramatique du récit. L’alternance des couleurs froides et chaudes sont en outre à l’unisson avec les différents sentiments éprouvés par les personnages.

Lecture effectuée dans le cadre de , hébergée cette semaine chez Moka

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