Littérature française

Et mon cœur transparent, Véronique Ovaldé, Olivier, 2008


Lancelot Rubinstein, un quadragénaire qui travaille pour un éditeur, croyait avoir rencontré l’amour pour toujours. Il était persuadé qu’il vivrait encore longtemps ce bonheur aux côtés d’Irina, Irina la douce, Irina l’excentrique, celle qui s’était livrée à lui si facilement. Mais  » La femme de Lancelot est morte cette nuit », sa femme qui s’escrimait à l’appeler Paul. Il vit cette première nuit de deuil, une nuit glaciale, une nuit de Blizzard et de gel noir, à Catano, pas très loin de Milena,  » une sorte de faubourg élastique. » Cette disparition, accidentelle ou peut-être pas finalement, le plonge dans un no man’s land brutal. Plus que jamais, il se sent seul dans cette région du monde où il fait froid quasiment toute l’année. Au fil des jours, il ne comprend plus son environnement qui devient aussi flou que la véritable identité d’Irina.
Il était pourtant accoutumé à ses absences lorsqu’elle partait en tournage. Il avait aussi l’habitude d’une certaine solitude lorsqu’il était marié à Elisabeth et qu’il contemplait plus son camphrier que sa femme sans comprendre pour autant que sa vie n’était qu’un énorme trou. Mais là, son univers lui semble dépeuplé, jusqu’à ce que la police décide de s’intéresser d’un peu plus près à cette disparition et paraisse même enquêter sur ses alibis et mobiles. Les mystères s’enchainent alors, les chocs aussi, notamment lorsqu’il découvre les recettes du napalm ou du cocktail Molotov dissimulées au milieu des fiches de cuisine de son épouse. La douleur cède alors la place aux interrogations et à cette angoissante idée qu’il a peut-être vécu aux côtés de quelqu’un dont il ignorait tout.
Un peu comme « Attentat » de Yasmina Khadra, ce roman pose la question de l’intimité du couple et de l’impossible connaissance de l’autre. Que savons-nous de ce qu’il pense, de ce qu’il fait lorsqu’il échappe à notre regard, lorsqu’il se soustrait à notre temps, même un instant ? Le questionnement est assez vertigineux, angoissant presque lorsqu’on y réfléchit, puisque certains masques peuvent se confondre à merveille avec le grain de peau que nous avons l’habitude de caresser.
Loin des ambiances sud-américaines et des personnages bavards qu’elle imagine souvent, Véronique Ovaldé surprend avec cet univers glacial propice aux non-dits et aux dissimulations. L’écriture est moins fantaisiste aussi, même si elle parvient à transcrire avec brio cette dépossession progressive de Lancelot. Elle décrit avec une précision presque clinique à la fois le deuil et la perte des certitudes, cette étrange déconstruction-construction qui conduit à la découverte d’une vérité difficile à assimiler puisque la vérité de l’autre suppose que l’on se soit trompé.

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