discussion « Délicieuses pourritures », Joyce Carol Oates, 2002


Je me suis enfin lancée dans l’univers assez sombre de Joyce Carol Oates, cette auteure prolixe dont je vais sans nul doute poursuivre la découverte.

Le roman s’ouvre à Paris, en février 2001 sous la forme d’un journal intime. Son voyage en Europe conduit Gillian Brauer, une quadragénaire, au musée de Louvre. Figée devant un totem, une figure maternelle, elle plonge dans ses souvenirs et plus précisément dans sa vie estudiantine sur le campus de Catamount Collège dans le Massachussetts. La vue de cette statue, à la fois si laide et si forte, lui rappelle deux personnes disparues, à la manière de deux fantômes qui viendraient subitement hanter son présent.
Une analepse pleine de suspense, menée de main de maitre, retrace alors l’ambiance étouffante et vaguement mystérieuse de cette prestigieuse université féminine de la Nouvelle Angleterre, théâtre de tentatives de suicides, de crises de folie et d’incendies inexpliqués. Ce passé est dominé par la figure quasi tutélaire d’Andre Harrow, un professeur de littérature. Alors que ces jeunes filles cultivent une certaine émancipation, contestant les valeurs bourgeoises sur fond de cigarettes, de drogues et de soirées alcoolisées, elles n’échappent pas au charisme de l’enseignant et rivalisent de séduction pour gagner son attention et plus si affinités, même si toutes connaissent parfaitement l’existence de Dorcas, sa sculptrice d’épouse.

 » Parfois on tombe amoureux sans le savoir. Sans s’en rendre compte. Et c’est trop tard, on ne peut pas revenir en arrière. »

Sensible à son intelligence et à sa voix veloutée, Gillian n’échappe pas à la règle, même si elle se sent ridiculement timide devant lui. Elle le trouve pourtant verbeux, et tyrannique. Elle perçoit bien aussi comment son humour peut être cruel et combien il se complait à osciller entre séduction et humiliation au milieu de cette petite cour, notamment lorsqu’il les invite à se livrer en déballant certaines pages et confessions lors de l’atelier de poésie. Les invitant à écrire leurs journaux intimes, sans cucuterie, avec pour mot d’ordre d’aller plus profond en elles et de chercher la jugulaire, il crée en effet une émulation malsaine.

Ce récit, écrit avec une incroyable sensibilité, est celui d’une atmosphère glauque et d’une emprise particulièrement perverse. Il est en effet des amours vénéneuses…

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