Littérature étrangère

« L’âge d’or », Diane Mazloum, Lattès, 2018


Si je suis bien évidemment le cheminement de certains auteurs au fil des ans, face à la vaste production offerte par chaque rentrée littéraire, mes choix sont souvent guidés par la volonté de découvrir de nouveaux auteurs. C’est ainsi que je viens de faire une incursion dans l’histoire du Liban aux côtés de Diane Mazloum.

Le récit s’ouvre sur un Liban encore heureux à la fin des années soixante, une sorte d’Eldorado qui connait un âge d’or, sans savoir que son destin va basculer graduellement dans l’horreur d’une guerre étrange. Au confluent de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, ce pays connait une douceur de vivre étonnante. Les êtres s’y sentent libres et vivent relativement bien ensemble. Les 17 confessions religieuses font du Liban un modèle de société à l’identité plurielle.

Le récit s’organise alors en chapitres, chacun correspondant à une date et à une nouvelle étape dans cette escalade mortifère, l’occasion pour le lecteur de mieux comprendre cet engrenage. Pour mieux souligner la tragédie humaine qui caractérise ce pan de l’histoire, Diane Mazloum tisse parallèlement le destin de quelques personnages, et notamment d’adolescents qui n’aspirent qu’à être heureux, et celui du pays, étroitement lié à la question palestinienne.

Ainsi, dans le Beyrouth de 1967, Georgina et Raymonde, deux adolescentes élèves du collège de la sainte famille française, rêvent de célébrité, de paillettes…Elles nourrissent l’ambition de devenir des stars sur fond de chansons françaises. Vivent Michel Polnareff Françoise Hardy, et « la poupée qui dit non ». Elles guettent, pour ce faire, le moindre casting et semblent prêtes à tout.
Tout comme elles, la famille Tarazi vit dans les quartiers chrétiens. Antoun, militaire de son état, veille sur Magda, sa femme dépressive, et sur ses deux fils, Roland qui succombera bientôt au charme de Georgina, et le petit Micky qui collectionne dans ses carnets tout ce qui concerne son pays.
Chacun croit presque le bonheur immuable, lorsque le pays est rattrapé d’abord par le conflit israélo-égyptien et la politique de Moshe Dayan. En ce jour de juin 1967 le Liban entre dans une nouvelle ère. On vient d’abattre un avion de chasse ennemi et s’attend à des représailles. L’état d’urgence est déclaré, les fenêtres sont badigeonnées de peinture bleue, tandis qu’on s’agite dans les bureaux de l’OLP au Koweït. La Jordanie déclare la guerre à Israël, l’URSS rompt ses relations diplomatiques avec Londres et Washington. Ali Hassan, membre des forces du Fatah, aspire plus que jamais à reprendre le combat de son père.
L’insouciance et les émois de l’adolescence tentent pourtant d’occulter les raids, le terrorisme et les détournements d’avion, le septembre noir de 1972 , ainsi que les différences confessionnelles. Mais jusqu’à quand ? Construiront-ils leurs rêves ? Parviendront-ils à éviter la tentation du pire ?
A ces personnages fictifs, se mêlent des figures comme celle d’Arafat, puisque le roman s’intéresse tout particulièrement à la question palestinienne, sans aucun parti-pris.

« L’attention du monde se porte sur le chaos Libanais , d’autant plus spectaculaire que nul ne peut vraiment dire qui se bat contre qui ni pourquoi. »

Sans que je puisse parler de coup de coeur, j’ai pris un vif intérêt à cette lecture dans la mesure où elle pouvait m’éclairer sur des événements qui ont marqué les soirées de mon enfance. Je me souviens très bien de ces journaux d’information du soir qui me laissaient entendre, du haut de mes 7-8 ans, que le monde était insécure, que prendre un avion revenait à courir le risque d’être pris en otage etc…Diane Mazloum a le mérite de s’intéresser aux racines humaines de ce problème politique non résolu encore….

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