discussion « Kivu » de Christophe Simon pour le dessin / scénario Jean van Hamme van Hamme, le Lombard, 2018


J’ai choisi cette BD au peu par hasard, ne connaissant Van Hamme que de nom. Largo Winch, Thorgal et XIII répondent mal à mon univers. Le bandeau annonçait « Un récit glaçant au cœur du Congo », et je dois avouer que c’est bien le cas !

Le scénario tisse une dimension documentaire à une intrigue rondement menée qui tient du thriller. L’auteur mêle également des personnages purement fictifs à des êtres d’exception bien réels comme les docteurs Denis Mukwege, figure emblématique du Congo d’aujourd’hui, et Cadière, un chirurgien Belge qui l’aide plusieurs fois par an dans l’hôpital de Panzi en prenant en charge les cas les plus difficiles résultants des violences sexuelles.
Vous l’aurez compris, le sujet de cet album n’est pas des plus gais, puisque Van Hamme nous rappelle combien l’homme peut être un loup pour l’homme.
Il nous invite à la fois à une plongée dans le Kivu, une région de la République du Congo qui n’a de démocratique que l’adjectif, et à une plongée dans la noirceur de la cupidité des hommes.
Ce pays, découvert à la fin du XIX° par Stanley et trop souvent surnommé l’Empire du silence, est une terre riche qui aurait pu assurer la prospérité et le bonheur de son peuple. Il n’en est rien pourtant puisque ses richesses sont l’enjeu de guerres à répétition et que ce territoire est le terrain de jeu favori de mercenaires, d’aventuriers, de représentants des multinationales « qui diluent la souffrance humaine dans les mouvements boursiers. ». Les Congolais, et tout particulièrement les habitants du Kivu, les Bashis, sont ainsi confrontés à ce que l’on pourrait nommer la malédiction des richesses.
On pourrait plagier Voltaire et s’écrier « C’est à ce prix que vous téléphonez en Occident », puisque les terres du Kivu, auparavant une région agricole paisible, sont riches en coltan, une sorte de poussière indispensable dans la composition des microprocesseurs et des puces électroniques, qui se vend à plus de 1000 dollars le kilo.
Le cadre ainsi posé, le récit s’ouvre dans un village à l’Est du Congo, ravagé comme tant d’autres par des Hutus du Rwanda, adeptes de la politique de la terre brûlée et soucieux de s’accaparer le minerai. A cela s’ajoutent un pouvoir politique vicié, des militaires prêts à tout et avides de violence. On viole, on mutile, on tue. Deux enfants, Jérémie et Violette, échappent difficilement à une attaque et cherchent à gagner la ville la plus proche, sans être bien certains d’échapper à l’esclavage sexuel ou minier.

Parallèlement, François Daans s’ennuie à son poste de cadre chez Metalurco et aspire à bouger. Il ignore toutefois ce qui l’attend lorsqu’il est envoyé à Bukavu pour renforcer la position de l’entreprise et assurer sa pérennité. Il ignore aussi de quoi un mercenaire cynique et désabusé comme De Bruyne peut être capable et il a tout à apprendre d’un homme comme Mukwege et de son combat pour la révolution de la moralité.

A travers le parcours et les aventures de ce cadre subitement confronté à la barbarie quotidienne de ce qui relève du génocide, Van Hamme évoque les Kadogos, ces enfants soldats, mais aussi les enfants serpents, nés des viols, enfants du malheur qui n’ont guère d’autre issue que de finir aussi « malades de drogue et ivres de cruauté »que leurs bourreaux. Au-delà, il nous conduit à nous interroger sur l’efficacité de la Monusco dans cette zone de non-droit et sur la responsabilité des multinationales promptes à confondre chefs de guerre et directeurs d’exploitation, et peut-être prêtes à toutes les compromissions.

Mais il nous offre aussi une belle leçon de courage et d’humanité à travers ses portraits de Mukwege et Cadière, et de son passage par l’hôpital de Panzi, forteresse retranchée et programme de réhabilitation pour les femmes. Il est rassurant de savoir qu’il existe encore des HOMMES véritables !

Le sujet de cet album coup de poing est dur, violent, mais il a le mérite de nous avertir sur une situation qui dure depuis plus de 20 ans sans faire l’ouverture du journal de 20 heures. On en oublie le dessin de Simon, un peu trop académique à mon goût, même s’il traduit puissamment les sentiments et émotions des personnages.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Moka du blog Au milieu des livres.

24 commentaires

  1. J’aime assez les albums qui développent une dimension documentaire je dois dire. Même si le graphisme un peu classique ici me refroidit un peu…

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    • Heureusement, la peinture des visages et le trait de certaines planches s’émancipent un peu de cet académisme. Mais très honnêtement, le scénario m’a vite fait oublier le graphisme

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  2. Je suis d’accord avec toi, un dessin aussi réaliste est tout sauf moderne et ne donne pas particulièrement envie. Mais le sujet est trop important pour ne pas passer outre.

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  3. La collection « signé » est souvent gage de qualité. SI je parviens à mettre la main sur l’album, j’espère pouvoir passer au-dessus du dessin.

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