Littérature étrangère

 » Les rochers de Poudre d’Or « , Natacha Appanah, Gallimard, 2003


Après quelques mois d’interruption je retrouve le chemin du blog. Il me fallait organiser mon changement de vie et mon retour en France. La période était complexe et l’envie de bloguer n’était plus là.

Quoi de mieux qu’un roman mauricien pour relancer la machine avant la rentrée ?!

Avec de premier roman publié en 2003 Natacha Appanah nous plonge dans la période victorienne. L’Inde et Maurice sont alors colonies anglaises. Si certains Indiens ont les accointances suffisantes avec les Anglais pour tirer leur épingle du jeu, il en va autrement pour Badri, Chotty, Vythee et bien d’autres… A Calcutta, Bombay, Sampoor Khito, Ranijanj, la pauvreté sévit et nourrit toute une mythologie. Maurice, en quête d’une nouvelle main d’œuvre pour compenser l’abolition de l’esclavage, est l’objet de bien des rêves d’Eldorado. L’herbe semble toujours plus verte ailleurs, surtout lorsque le maistry, ou recruteur au service des colonies, s’en mêle. On raconte qu’il suffit de creuser la terre et de déplacer des roches pour trouver de l’or. On tait combien le voyage entassé dans les cales rime avec horreur, combien la culture de la canne est éprouvante. La crédulité et les espoirs des uns sont les proies de l’avidité et de la cruauté des autres.
Qu’ils soient joueur de cartes invétéré en rupture de bans, ouvrier agricole,  » Kamiati  » (individu lié corps et âme à son maître « ), pêcheur, ou princesse contrainte de fuir une mort certaine, tous espèrent que  » Merich « , cette île au-delà de l’Océan, sera cette terre promise qui fera leur bonne fortune. Hélas, comme l’histoire nous l’a conté, le sort des Engagés est bien autre…
Natacha Appanah nous propose ainsi une galerie de portraits très contrastés et aborde avec gravité cette tranche d’histoire qui explique en partie le peuplement de Maurice. Elle porte un regard sans concession à la fois sur l’Inde et sur son île natale et évoque avec précision ce qui constitue une forme d’esclavage à peine déguisée. Elle dit aussi, notamment à travers le journal de bord fictif d’Oliver Grant, médecin embarqué sur l’un de ces bateaux chanci, toute l’inhumanité de ce commerce humain fondé sur un principe de rentabilité mais aussi sur un racisme primaire.
C’était à ce prix-là, qu’on mangeait du sucre en Europe !

 » Ça faisait sept ans mais ça faisait toujours le même effet. Ça prenait le cœur, broyait les viscères et serrait la gorge. Quand il les voyait arriver, pieds nus, serrant leur baluchon, tirant leurs enfants qui se cachaient dans leur dhoti, il avait envie de cacher sa tête dans ses mains et de pleurer jusqu’à en perdre la raison. Il avait envie d’envoyer de la terre dans leurs yeux apeurés, des pierres dans leur gueule épuisée et de leur crier … allez-vous en bande d’idiots ! Retournez là d’où vous venez, prenez vos enfants, vos femmes et sauvez-vous ! …Il avait envie de cracher sur leurs visages pleins d’espoir, d’arracher de leur cœur ces rêves et ces attentes, d’ouvrir leur crâne et d’en sortir toutes ces histoires dont ils se repaissaient sûrement. Ces histoires de fortune, de pièces d’or sous les rochers, de liberté, de retour au pays enfin riches.  »

3 réflexions au sujet de “ » Les rochers de Poudre d’Or « , Natacha Appanah, Gallimard, 2003”

    1. Merci Stéphie! Oui mon coeur est resté très attaché à Maurice, mais je m’habitue aux plaisirs de la ville française. Il faut dire que l’été m’a permis de croire 5 mn qu’Orléans se situait sous les Tropiques ! Bises

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