discussion « Brooklyn village », Ira Sachs, 2016


Alerte cyclonique oblige, j’ai le temps de redonner vie à ce blog en jachère depuis le début de l’année. Une fois n’est pas coutume, j’ai fait un détour par le cinéma américain, en ce jour venteux et pluvieux.

La famille Jardine quitte Manhattan pour s’installer à Brooklyn, dans la maison du grand-père paternel dont ils viennent d’hériter. Si l’idée ne réjouit d’abord pas Jacob, alias Jake pour les intimes, ce déménagement lui offre l’occasion d’une belle amitié. Ira Sachs confronte ainsi deux familles que tout oppose. Les jardine appartiennent à un milieu bourgeois et incarnent la middle class américaine dans toute sa splendeur. Brian (Greg Kinnear), acteur de son état, est marié à Kathy (Jennifer Ehle), psychologue. Tous deux n’ont jamais un mot plus haut que l’autre et se concentrent sur l’éducation de leur fils unique. La vie des Carvelli, d’origine hispanique,  est plus complexe. Quoique mariée, Léonor élève Antonio seule et peine quelquefois à joindre les deux bouts. Elle gère un magasin inclus dans l’héritage. Antonio compte de nombreux copains et rêve de devenir comédien, tandis que Jacob est un adolescent plus introverti qui se réfugie dans le dessin. Contre toute attente, les deux garçons sympathisent immédiatement et deviennent même inséparables, sans doute réunis par leurs aspirations artistiques. Hélas, cette amitié naissante est rapidement contrariée par les dissensions des adultes et les questions d’argent…

 

Ira Sachs porte d’abord un regard sensible sur cette adolescence qui se nourrit encore de rêves et d’idéaux, au point qu’elle n’accorde guère d’importance aux différences sociales. Loin de la lutte des classes, les deux compères préfèrent rivaliser sur un terrain de foot. Son propos subtil est donc de confronter leur ouverture d’esprit aux réalités du monde adulte quelquefois plus cruel. A travers cette chronique du quotidien new yorkais, émaillée d’ellipses, il manie l’art de la suggestion pour évoquer combien les enfants peuvent être autant de victimes collatérales des discriminations et des problématiques pécuniaires. Cela confère au récit une dimension initiatique évidente, soutenue par la profonde humanité de certains dialogues.

 

Saluons les prestations de Théo Tapliz (Jacob) dont c’était le premier rôle, et de Michael Barbieri (Antonio) qui apportent beaucoup d’authenticité au film.

Un commentaire

  1. Je suis vraiment content que tu en parles ainsi, c’est un film que j’ai follement aimé (j’ai un penchant très fort pour le cinéma indé américain).

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