Littérature française

« Je me suis tue », Mathieu Menegaux, Grasset, 2015


h

Un roman court, un roman dense, un roman choc !

Avec ce titre, couronné par le prix du Silence, Mathieux Menegaux signe son premier roman de belle manière et aborde la question du viol et de ses dommages collatéraux.

C’est dans la cellule d’une prison pour femmes que nous découvrons Claire Beyle. La quarantaine, elle pourrait attendre la fin de son jugement, libérer sa parole et tenter de sauver son existence. Mais fidèle à son choix premier, elle préfère garder le silence et coucher sa confession sur le papier….

« Je suis entrée dans ce procès sans aucune chance d’en sortir libre. »

« Vous êtes ma dernière conversation avant que je disparaisse. »

Avant de connaître l’univers carcéral, avant « d’apprendre à oublier sa pudeur, son intimité, sa fémininité », Claire menait la vie heureuse d’une quadragénaire bien installée dans la vie. Certes, elle souffrait d’un manque d’enfant,certes elle avait quelques blessures enfouies, comme tout le monde, mais elle menait une belle carrière et vivait agréablement auprès d’Antoine, cet époux qui l’aidait à conserver une vie amoureuse réjouissante.

Mais l’irréparable s’est produit, l’un de ces terribles accidents de la vie, un soir d’hiver à Paris alors qu’elle venait d’avoir 40 ans. Elle rentrait chez elle, il était là, tapi dans l’ombre, prédateur prêt à se jeter sur la première qui passerait. Prêt à poser ses mains sales sur elle, prêt à lui arracher ses vêtements, à lui dire des mots orduriers, à enfoncer son sexe dans son intimité, malgré elle. Elle aurait pu réagir,appeler la police, expliquer, pleurer… mais la peur de la victimisation l’a emporté.Comme beaucoup, elle s’est senti sale, humiliée. Comme beaucoup elle a éprouvé de la honte et fait le choix du silence sans anticiper les conséquences ni la profondeur de la blessure. Elle s’en pensait capable … terrible péché d’hybris ! Elle ne mesurait pas que le silence puisse être mortifère….

Le récit de Menegaux est d’autant plus dur et efficace qu’il fait le choix d’une narration à la première personne invitant le lecteur à partager l’immense solitude de Claire, sa douleur. Confronté au plus près à son refus de dire, on voudrait l’exhorter à murmurer les mots essentiels, à sortir de cette spirale infernale qui prend des allures de tragédie moderne et qui la conduit à son tour sur le chemin de la culpabilité. La langue est belle et juste, la narration économe et incroyable tendue, adoucie quelquefois par les références cinématographiques ou les allusions à des chansons . A travers cette femme meutrie, l’auteur porte un regard parfois acide sur notre société, son manque d’empathie et sa vanité mais il dit aussi l’horreur de ces violences faites aux femmes.

2 réflexions au sujet de “« Je me suis tue », Mathieu Menegaux, Grasset, 2015”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s