discussion « Juste la fin du monde », Xavier Dolan, 2016


Cela n’étonnera sans doute personne si je vous dis que ce film fut un grand coup de cœur. J’avais adoré la pièce de Jean-Luc Lagarce, son ambiance de huis clos, son écriture des non-dits et ce regard incisif porté sur la famille.

Le récit s’ouvre sur le voyage d’un jeune trentenaire un jour de canicule. Le spectateur ignore le lieu et l’époque exacte, ce qui laisse déjà présager de l’universalité du sujet. Après 12 ans d’absence, d’éloignement presque total si l’on excepte quelques cartes postales, Louis brave sa peur et s’apprête à retrouver sa famille. Il revient ainsi sur ses pas pour se donner aux autres une dernière fois, il effectue ce voyage pour leur annoncer sa mort prochaine. La tension est grande, palpable, magnifiquement soutenue par la bande son, les très gros plans qui soulignent les gestes. Dolan, qui a le sens des détails, s’appuie sur la qualité de la photo d’André Turpin qui a l’art de capter les émotions, les non-dits, l’indicible.

Dès que l’enfant prodigue ouvre la porte, et que l’on découvre sa famille, on ne peut que comprendre les raisons de son exil. Sa mère, parfaitement incarnée par une Nathalie Baye étonnante, oscille entre hystérie et vulgarité. Catherine, sa belle-sœur, très touchante dans rôle d’épouse soumise et étouffée, souligne la violence difficilement contenue d’Antoine, son frère aîné. Quant à Suzanne, la cadette qui l’a peu connu, elle peine à trouver sa place.

« J’ai peur d’eux. »

Loin des retrouvailles enchanteresses, ce retour prend des allures de huis clos étouffant où l’on peine à se dire, à se parler vrai, alors que les joutes oratoires se multiplient. Dotés d’une sensibilité à fleur de peau, tous participent à leur manière à ce psychodrame perpétuel. L’impossible communication, l’incapacité à se dire qu’on s’aime, les poussent dans leurs retranchements. Ce sont les regards qui parlent, mais chacun peine à comprendre ces conversations sans mots, à croire ce qu’il pense décrypter. La caméra les suit, s’infiltre en chacun d’eux comme pour sonder leurs cœurs, leurs peurs, pour capter le sens des silences, pour aller au-delà des mots.

Pas de doutes, Xavier Dolan a saisi l’essence de la pièce et sait la sublimer avec un casting de choix. Marion Cotillard joue une Catherine troublante à souhait sous le regard de ces deux frères ennemis. Vincent Cassel (Antoine) excelle dans son rôle d’écorché vif tandis que Gaspard Ulliel confirme son grand sens des nuances.

4 commentaires

  1. C’est indéniablement mon préféré de Dolan (sans doute à cause du texte de Lagarce). J’avais été complètement bluffée par ce film, son émotion, ses acteurs…Même Cotillard – que je ne trouve pas toujours très bonne – est vraiment excellente dans ce film. Certaines scènes sont juste fabuleuses.

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