discussion « Enn bouke bwa tanbour », Michel Ducasse, Vilaz Métis, 2017


Voilà quelques années que Michel Ducasse, poète, parolier et journaliste, travaillait à cet album. Il m’en avait parlé avec beaucoup de passion il y a deux ans, une passion qu’il avait aussi partagée avec mes élèves. Celui qui fête cette année ses 40 ans de poésie aspirait à rendre hommage aux grands poètes qui ont jalonné son parcours, qui lui ont ouvert les horizons infinis du langage poétique. Il a ainsi fait le choix de 26 textes signés de Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Verlaine mais aussi Tagore, Blake, Yeats, Césaire, Senghor…. Autant de textes qui nous invitent à un tour du monde langagier …Autant d’auteurs qui font l’expérience des pouvoirs de la poésie et qui partagent cette quête de l’être et de la liberté.
Plus qu’une simple anthologie, cet album, superbement illustré par Ennri Cums dont j’aime la palette de couleurs et le trait faussement naïf, est une œuvre à part entière puisque Michel nous offre la traduction de ces poèmes en créole mauricien.

“Mo anvi kontribie dan lanrisisman kreol morisien”

Une gageure me direz-vous ? C’est vrai, mais surtout un défi formidablement bien relevé. Ces traductions, qui ne rechignent pas à respecter les alexandrins et à inventer de nouveaux systèmes rimiques, sont autant de re-créations comme le souligne la préface d’Emmanuel Bruno Jean-François. Finalement, c’est l’histoire d’un poète qui en traduit d’autres et qui les fait siens, soucieux de faire dialoguer les langues, en recourant notamment à ces mots images dont le créole a le secret à l’instar de cet « exilé sur le sol » traduit par l’expression «  Me dan sagrin lavi.. ». Ces créations lexicales, ces tournures confèrent au texte initial comme un degré de poésie supplémentaire.

« le traducteur invente un langage nécessaire d’une langue à l’autre, comme le poète invente un langage dans sa propre langue. » Edouard Glissant

Voilà un très beau livre à offrir à vos proches pour Noel, ou à vous offrir tout simplement. J’aime beaucoup son format carré, ses dimensions, sa double couverture, qui lui confèrent beaucoup d’élégance.

Allez, juste pour vous mettre en appétit, je vous laisse savourer cette traduction de L’Albatros de Baudelaire.

Zwazo albatros

Souvan, pou pran plezir, bann marin dan bato
Trap zwazo albatros, ki plane lor lamer
E swiv, dan enn ti-poz pares kouma matlo
Lakok pistas ki glis-glise lor vag lanfer

Letan fini donn zot de-trwa koutpie lor plans
Tou bann lerwa lesiel, golmal, mari dekon
Pa sove, nek bouz fix, dan enn move silans
E les zot gran lezel trenn kouma zaviron

Get kouma li paret dan pins sa vwayazer
Ki fek-la ti gayar, get kouma li boufon!
Matlo bril so labek ki nepli dan lezer
Lot imit so bataz, deklar kaspat lor pon

Enn poet li parey ar zwazo albatros
Kan li defie siklonn, laper fizi saser
Me dan sagrin lavi, ler li glise lor ros
Akoz so bel lezel, li tase lor later…

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