BD

« La résistible ascension d’Arturo Ui » de B. Brecht et Simon Benattar-Bourgeay, L’Arche, 2017


Le scénario respecte l’organisation en actes ainsi que le texte publié par Brecht en 1959. J’ignore si cela tient à la traduction, mais la syntaxe est assez particulière. L’ordre surprenant des groupes de mots crée une prosodie un tantinet surannée qui colle bien à l’époque de cette intrigue.

L’album nous projette en effet dans le Chicago des années 20, soit un temps de crise propice aux exactions. Clark, Flake et Caruther, dirigeants du trust du chou-fleur espèrent que la vue offerte par la baie leur permettra de trouver une idée géniale pour surmonter la situation. Il fait pourtant un temps si affreux que la ville a des allures de vieille fille désargentée. On ne compte plus les dépôts de bilan. Partout, les clients manquent. C’en est fini pour les choux-fleurs ! Mêmes les pistons, les compromissions et autres délits d’initiés deviennent délicats. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir financé les campagnes électorales d’Hindsborough. Peut-on encore le corrompre ou de le tromper ? L’organisation d’un racket sur le légume serait-elle salutaire ? Obtenir un prêt plus ou moins licite pour racheter les quais est-il envisageable ?
« Tout est corruption grand dieu ! »
Non loin de là Arturo déprime à cause de sa perte de notoriété. Il désespère de prendre le contrôle sur le commerce des choux fleurs à Chicago et semble prêt à tout pour réparer son éviction. L’usage de la force n’effraie en rien cet homme à mi-chemin entre Adolf Hitler et Al Capone.


Brecht transpose ainsi le fascisme qui a laissé l’Europe exsangue sur le nouveau continent et le milieu du crime. Cartel, meurtres, incendies volontaires, chapeaux de feutre et pardessus rappellent alors l’ambiance des séries B. Le dessin de Simon Benattar-Bourgeay emprunte d’ailleurs énormément au cinéma, tant dans les cadrages que dans les plans. Le choix du noir et blanc convient bien à l’époque et au genre. J’ai beaucoup aimé la précision du trait, tant pour les lieux que pour les personnages et le sens du détail qui confère une belle épaisseur à cet univers du banditisme.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Stéphie du blog Mille et une frasques.

25 réflexions au sujet de “« La résistible ascension d’Arturo Ui » de B. Brecht et Simon Benattar-Bourgeay, L’Arche, 2017”

  1. Tu piques ma curiosité Sabine. Bien envie d’aller voir de quoi il en retourne même si l’idée de côtoyer le personnage d’Arturo ne me réjouit pas particulièrement (les parallèles que tu fais avec certaines figures historiques ne sont pas très engageants ^^)

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  2. Je l’ai vu au théâtre (Philippe Torreton faisait un Arturo Ui très convaincant) ; ma sœur m’avait aussi parlé de la BD. Il faudra que je la lise car je suis curieuse de me replonger dans cette histoire et de voir comment elle est adaptée en BD 🙂

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      1. Il me semble que celle avec Philippe Torreton ne tourne plus pour le moment. Une autre tournée avec une autre mise en scène avait débuté mais je ne sais pas ce qu’il en est. J’espère que tu auras un jour l’occasion de la voir 🙂

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