discussion Atelier de Leil(83) : L’amour c’est comme les voyages en train…


Le lundi les plumes se délient chez Leiloona du blog Bricabook. Le cliché de cette semaine m’a laissé de marbre un moment, sans doute parce que je peinais à m’identifier avec le personnage (vous comprendrez mieux pourquoi dans les lignes qui suivent!!!).

Voici donc ma participation.

L’amour, c’est comme les voyages en train…

« – Non mais Rose tu conviendras avec moi que le port des chaussettes blanches dans les mocassins noirs relève de LA FAUTE DE GOUT ! C’est phénoménal même, quand on y pense, un tel défaut d’esthétisme ! Nul besoin de ta fameuse Christina pour nous le confirmer ! se gaussait Jeanne, la photo coincée entre le pouce et l’index. En mode dérision remarque, on pourrait se payer le luxe d’un MAAAGGGNNIIIIFFIIIIIQUE ! Enfin je devrais plutôt opter pour l’autodérision…Tu imagines que c’est moi là ?!?! Quelle tristesse ! Rien à voir avec ma petite-robe-noire-et-marine-achetée-à-prix-d ‘-or-chez-Gucci d’aujourd’hui ! Ce cliché, que nous avions pris avec mon vieux polaroid, s’était glissé entre les pages d’un livre. L’un de ces romans de gare dont on tourne presque machinalement les pages au rythme du roulis du wagon. « L’Amour dure trois ans »… tout un programme, un titre presque désespérant que mon amie Isa m’avait offert, comme un clin d’œil amusé, à l’issue d’un week-end entre filles. C’est fou, je ne me souvenais même pas avoir marché à plat depuis mes trois ans !

J’en avais une allure à cette époque ! Une vie aussi ! Ou plutôt une non-existence ! Les filles avaient quitté la maison, chacune suivait son chemin et s’essayait aux jeux des amours et des études. Pour combler ce vide et mon désert affectif, j’orchestrais ma vie comme une fuite en avant, plus que jamais convaincue que le travail était ma raison de vivre. Jeune déjà, j’avais toujours l’impression que j’évoluais sous l’effet d’une dichotomie étrange qui m’empêchait d’être un corps et un esprit dans le même temps. Chaque fois que je cédais au corps, que je le laissais s’exprimer, que je lui donnais la primauté, j’allais droit à la catastrophe. A croire que mes neurones m’abandonnaient.
Lorsque je me résignais à n’être plus qu’une tête pensante, quand je m’enfermais dans cet univers plus rassurant et plus permanent des idées, quand je m’immergeais dans l’intellect pour échapper aux chimères de l’amour et de la charnalité, sans soupçonner une seule seconde que les idées pouvaient être, elles aussi, illusoires, je sombrais dans ce laisser aller comme si toute considération vestimentaire, toute prise en compte de mon apparence, étaient vaines. La preuve, j’étais même capable d’engranger quelques kilos superflus et de me vêtir de ce pull manifestement immonde ! Ne va pas croire qu’il s’agissait de préférer le confort et le naturel à l‘élégance, non ! J’étais comme transparente à moi-même, je m’occultais.

Ce printemps-là s’annonçait morose. Mon divorce avait coïncidé avec mes cinquante ans et je me sentais vieille. Je ne déprimais pas, simplement je me résignais. Séduction, amour et libido étaient derrière moi ! J’en avais fait le tour ! Un tour désenchanté. Beaucoup de bruit pour rien finalement ! Pourquoi en faisait-on une telle affaire ? Isa s’en amusait, quand j’affirmais, avec l’air le plus sérieux qui soit, que l’on ne m’y reprendrait pas, que j’y trouvais trop peu d’intérêt et que de toute façon j’avais dépassé la date de péremption.
Elle ignorait pourtant que le voyage du retour bouleverserait mes certitudes. Il s’était d’ailleurs failli de peu que je ne rate ce train… Elle agitait encore la main sur le quai lorsque je sentis l’insistance de ce regard mer d’Iroise installé face à moi. Crois-moi il ne fut pas aisé de dissimuler ces affreux mocassins entre mon sac et la paroi ! Depuis, chaque matin que le soleil m’offre aux cotés de cet homme, je me félicite de ne pas avoir pris le bus. »

18 commentaires

  1. Je me suis un peu perdue dans les personnages et le temps (oups) mais j’ai bien aimé la dichotomie entre l’intellectuel et le charnel.

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  2. Oh ! Quelle belle histoire d’amour Sabariscon ! Les plus merveilleuses arrivent quand on s’y attend le moins…

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  3. Ya de toi tout de même hum …
    50 ans et le nouveau 40 disent les magazines, et effectivement je veux bien les croire (puisque ça veut dire que les 40 sont le nouveau 30. Ah ah)
    Plus sérieusement toujours aussi bien mené. En venant ici je sais que je retrouverai à chaque fois une plume de qualité.

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