Cinéma français

« Elève libre », Joachim Lafosse, 2008


C’est un film assez troublant, dérangeant, que signe ici Joachim Lafosse ; un film qui a cependant le mérite de s’affranchir des tabous et d’inviter à la réflexion.

Adolescent de 16 ans, Jonas vit avec son frère Thomas, dans la maison parentale. Plus ou moins livrés à eux-mêmes depuis le divorce de leurs parents, ils mènent leur barque comme ils peuvent. Le père nourrit ses aigreurs contre la mère, la mère mène sa vie loin d’eux. Jonas multiplie alors les échecs scolaires et mise tout sur une potentielle carrière de tennismen, mais il échoue aux portes des sélections nationales. Difficile alors de ne pas avoir le sentiment d’être un raté.
C’est un trio de trentenaires, qu’il fréquente au club de tennis, qui s’efforce de le maintenir à flot. Si leurs échanges lui sont salutaires, ils n’en demeurent pas moins teintés d’une certaine ambiguïté. Au-delà de leur bienveillance, Nathalie (Claire Bodson), Didier (Yannick Rénier) et Pierre semblent s’amuser tour à tour de sa naïveté et s’empressent de l’interroger sur ses premiers émois amoureux avec la jeune Delphine et sa découverte de la sexualité. La gêne de Jonas se dissimule parfois derrière un léger rire, sans pour autant le défaire de la confiance qu’il met en eux. Lorsque Pierre propose de s’investir davantage, de s’improviser précepteur et de le préparer aux examens, Jonas accepte donc aisément. S’enchainent exercices de maths, de physique, débats littéraires et philosophiques, mais aussi discussions autour de la sexualité dans tous ses possibles. Le trio se relaie pour l’accompagner dans son cheminement et n’hésite pas à joindre le geste à la parole.
Joachim Lafosse aborde donc la question de l’initiation, du dépassement de la morale et de la majorité sexuelle sans jamais juger ses personnages. Au spectateur d’estimer la situation, de se demander où commence l’abus, de s’interroger sur son point de vue de parent ou d’ex-ado.

« on a tous peur de notre curiosité naturelle à aller vers l’autre, mais là où il y a de la peur, il y a toujours du plaisir. »

Au-delà d’une dimension que l’on pourrait juger sulfureuse, le film s’intéresse d’assez belle manière à l’adolescence, à cette fragilité à la fois dangereuse et prometteuse et au passage à une maturité presque adulte. La photographie d’Hichame Alaouie sublime d’autant plus cette fragilité que le jeune Jonas Bloquet crève l’écran.

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