Cinéma français

« Au revoir là haut », Albert Dupontel, 2017


Chapeau Monsieur Dupontel!!!

Autant je n’ai jamais apprécié le Dupontel humoriste, autant j’apprécie de plus en plus son jeu d’acteur et ses talents de réalisateur. Avec ce dernier long métrage, dont il signe le scénario, il s’attaque à un monument et à un défi qu’il relève de superbe manière.

En 2013, Pierre Lemaître surprenait son monde en sortant de l’univers du thriller pur pour nous conter cette incroyable amitié entre une gueule cassée et son sauveur ainsi que leur monumentale escroquerie aux monuments aux morts. Récompensé par le Goncourt, ce roman de 600 pages se vendit à plus de 450000 exemplaires.
Pour vous rafraîchir la mémoire, je vous laisse le lien qui conduit à ma chronique sur cette lecture.

En 2015, Pierre Lemaître, associé au dessinateur Christian De Metter,nous offrait une adaptation BD de son roman fort palpitante. Chronique ici.

Il ne manquait plus finalement qu’une approche cinématographique !

Prenant quelques libertés avec le roman, Dupontel ouvre son récit au Maroc en 1920. Albert Maillard (interprété par un excellent Dupontel), recherché et arrêté, conte son histoire aux forces de police. La narration se construit alors sur le mode d’une longue analepse qui nous plonge dans les tranchées en ce début de novembre 1918. Ces quelques minutes qui empruntent au film de guerre sont particulièrement réussies. On entre dans cet univers glauque commme à la poursuite d’un chien courant au milieu des hommes pour fuir cette ignominie. Le choix du drône pour filmer la scène annonce à la fois un certain surplomb politique et humain du réalisateur, mais aussi un parti pris esthétique qui n’en finira pas de nous surprendre.
Cette grande guerre tire à sa fin, les hommes de part et d’autre sont épuisés et ne retirent plus aucune gloire d’un conflit qui n’a que trop duré. Les deux camps adverses attendent l’armistice, les fusils allemands sont silencieux, Albert écrit à sa tendre Cécile et cherche à en redessiner les contours, tandis qu’Edouard Péricourt, dessinateur de métier, croque les hommes, les gestes et les émotions. Chacun aurait pu bientot se dire adieu, rentrer chez soi et oublier ces compagnons de fortune. Mais c’est sans compter sur le lieutenant d’Aulnay de Pradelle qui aime tellement la guerre qu’il est capable de tirer dans le dos de ses soldats pour générer une dernière bataille. Albert frôle ainsi la mort, tandis qu’Edouard, venu à son secours, devient l’une de ces gueules cassées, comme un témoin éternel de la barbarie humaine.
Reconnaissant, Albert ne le quitte plus et accepte finalement d’être son complice dans une incroyable escroquerie aux monuments aux morts. Edouard souffre et devient morphinomane. Il cultive aussi une certaine haine de lui-même. Albert peine à les faire vivre et à trouver les doses de drogue nécessaires. Une amitié forte se construit malgré les difficultés et les incompréhensions, et le duo se fait trio avec l’arrivée de la jeune Louise, qui opère comme le ciment de cet étrange couple.
Certains critiques reprochent au film de ne pas rendre compte de toutes les subtilités et de tous les rebondissements du roman, notamment dans l’intrigue qui se noue autour du personnage de Pradelle. Je ne partage pas totalement ce point de vue, mais il me semble surtout que le réalisateur fait le pari de l’humain ici et focalise sa narration sur les liens qui se tissent entre les êtres. Il opte pour un rythme qui alterne un suspense susceptible de tenir le spectateur en haleine, avec des moments d’une rare poésie. Toute sa créativité est ainsi mise au service des émotions et d’une approche spectaculaire du roman. On ne peut que souligner l’élégance de la mise en scène, le soin apporté aux détails qui confèrent à l’image une dimension tout aussi fantaisiste que baroque. Le choix du clair-obscur va dans ce sens évidemment, mais à cela s’ajoutent aussi cette farandole des masques créés par Edouard et ses formidables pantomimes. La photographie de Vincent Mathias sublime ainsi les costumes de Mimi Lempicka et les maquillages de cécile Kretschman pour flirter avec une ambiance presque surréaliste.

Les décors de Pierre Quefféléan assurent, quant à eux, une belle restitution de l’époque et assoient en partie la dimension politique du film qui rend hommage au peuple sacrifié. Pour ces gens d’en bas, c’est un peu comme si la guerre ne finissait jamais…

Le casting n’est pas en reste. Niels Arestrup (Marcel Péricourt) joue juste et nous surprend dans le registre des émotions. Laurent Lafitte (Pradelle) incarne un salaud parfaitement convaincant, tandis que Nahuel Perez Biscayart apporte beaucoup d’épaisseur et d’émotion au personnage d’Edouard. J’ai beaucoup aimé le naturel et le jeu extrêmement touchant de la jeune Héloise Balster (Louise) qui apporte une jolie touche de fraîcheur dans cet univers souvent sombre.

 

 

 

3 réflexions au sujet de “« Au revoir là haut », Albert Dupontel, 2017”

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