discussion « Toutes les mers », Michèle Standjofski, Des Ronds dans l’O, 2017


Au menu DB de cette semaine je vous propose de découvrir cet album assez particulier, autobiographique et intimiste qui s’ouvre pourtant sur l’histoire du Liban. Je l’avais repéré sur les blogs au printemps dernier, il m’attendait dans ma PAL. Et comme le Liban est potentiellement l’une de mes prochaines destinations de vie, je me suis laissé porter par sa lecture.

Le récit, qui s’ouvre sur une conversation entre l’auteure et sa mère, prend d’abord l’allure d’un arbre généalogique d’un genre nouveau. Michèle Standojski remonte en effet jusqu’à ses arrières grands parents pour se situer dans le temps et dans le monde, pour mieux comprendre ce multiculturalisme qui l’a construite.

« J’ai du sang polonais, français, russe, italien et grec. La nationalité turque. J’habite Beyrouth et je parle français. »

Et ce n’est qu’un état de la situation lorsqu’elle aborde sa septième année !

L’évocation de ses ancêtres, marqués par l’influence de l’Histoire, des événements politiques, est l’occasion de rappeler l’existence de ces diasporas à travers le monde. Tous ont, sinon la bougeotte, du moins la volonté de fuir une existence qui ne leur convient pas pour voir si la mer est plus bleue ailleurs. Dans cette famille, on hésite, on décide, on migre, on s’adapte et on s’aime. On choisit toujours le parti de la vie, on s’ouvre sur d’autres lieux, d’autres cultures, sans jamais perdre le sens de la famille.

« Leurs efforts d’adaptation sont comme des strates, des couches superposées qui renforcent mon attachement à cette ville. »

L’auteure nous livre ainsi toute une jolie galerie de portraits, sans oublier de retracer les lieux et les ambiances. Elle ausculte son histoire avec tendresse et précision. Au de-là de ses racines, elle porte aussi un regard intéressant sur l’histoire du Liban et sur la question du cosmopolitisme. Cette quête identitaire est belle leçon d’humanité qui nous invite à nous interroger sur la définition même de l’ETRANGER. Faut-il nécessairement un passeport libanais pour se sentir libanais ??? L’enracinement ne tient-il vraiment qu’à un bout de papier ?
Elle rend aussi un vibrant hommage à Beyrouth, cette ville qui a fait d’elle « une indignée permanente » qui a appris à considérer ses différences comme une singularité, un privilège à cultiver.

Cette jolie histoire de transmission, où les langues jouent un rôle aussi fort que particulier, est soutenue par un dessin aux tons doux e au trait précis. J’ai particulier aimé le choix de ces bulles polyglottes qui illustrent à la perfection le sujet.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Moka du blog Au milieu des livres.

28 commentaires

  1. Très beau témoignage dont je garde un bon souvenir ! Un album qui mérite de faire un beau petit bout de chemin encore pour trouver ses lecteurs

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  2. Ton article ne fait que renforcer mon envie, déjà titillée par les autres articles des autres blogs.
    Le sujet m’intéresse, les questions soulevées pourraient être les miennes.
    Il faut que je me l’achète!

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