discussion « La femme au tableau », Simon Curtis, 2015


Une nouvelle fois l’histoire inspire un réalisateur pour notre plus grand plaisir. Simon Curtis s’intéresse en effet au feuilleton judiciaire qui opposa Maria Altmann et son avocat, Randol Schoenberg à l’Etat autrichien dans une affaire de restitution d’œuvre d’art.

Le long métrage s’ouvre brillamment sur une mince feuille d’or qu’on manipule délicatement et qu’on applique au couteau. Cette main experte n’est autre que celle de Gustav Klimt qui porte la touche finale au portrait d’Adèle Bloch-Bauer. Le spectateur ne peut que goûter ce superbe clair-obscur initial, qui augure de la suite du récit qui alterne les étapes du combat de Maria avec l’évocation de ses souvenirs douloureux.

C’est à l’occasion du décès de sa sœur, Luise, et de la découverte de documents dont elle ignorait l’existence, que cette septuagénaire décide de recourir aux services de Randol pour tenter de récupérer ce tableau confisqué à sa famille par le régime nazi. Sans s’inquiéter de la valeur marchande de la toile, elle tient à réparer cet outrage fait à sa famille et à offrir à sa tante, le modèle de Klimt , une autre postérité, loin d’un pays qui les a détruits. Le chemin promet cependant d’être long et rude. Ce tableau, exposé au Palais du Belvédère de Vienne, c’est la Joconde de L’Autriche. Et ironie de l’histoire, Adèle la juive est devenue l’icône de ce pays.

« Et vous croyez qu’un tableau dont on fait des magnets pourrait sortir d’Autriche ?! »

Alors qu’elle s’était jurée de ne jamais remettre les pieds dans cette Autriche qu’elle a fuie, elle quitte finalement la Californie pour faire entendre péniblement sa voix. Ce déplacement la plonge forcément dans le passé et dans cette époque bouleversée, ce qui donne à la narration des allures de film d’époque. La reconstitution historique est belle et sobre, soutenue par les décors de Jim Clay et les costumes de Beatrix Aruna Pasztor. Bravo aussi à la photographie de Ross Emery.
Les motivations du jeune avocat, ami de la famille, sont d’abord moins nobles, mais cette lutte est aussi l’occasion pour lui de renouer avec son histoire et d’achever de se construire en tant qu’homme.

Ce film de facture assez classique s’appuie sur un casting sans faille. Helen Mirren incarne avec brio une Maria tiraillée entre le passé et le présent, entre son désir de l’emporter et la crainte d’en faire trop. Ryan Reynolds (Randol) nous offre un jeu nuancé et efficace.
Simon Curtis nous donne une belle leçon d’histoire exempte de pathos, mais aussi une réalisation spectaculaire.

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