Littérature française

« Trois versions de la vie », Yasmina Reza, 2001


 

Je poursuis mon immersion dans le théâtre contemporain avec une nouvelle comédie désopilante et grinçante de Yasmina Reza, « Trois versions de la vie », publiée en 2001.

 

Cette pièce particulière, qui s’inscrit dans un théâtre intimiste, se déroule pour l’essentiel dans le salon de Sonia et Henri. Elle est avocate, il est astrophysicien.  En ce début de soirée, Sonia souhaiterait finir de lire un dossier pour le Conseil du lendemain, mais leur enfant capricieux en décide autrement. Chacun défend son point de vue, ergote, les désaccords éducatifs prennent une proportion rare. Dans le même temps, Inès et Hubert Finidori pressent le pas dans une rue environnante tout en entretenant une conversation âpre. Ils sont en retard et Inès a filé son collant.

La situation de ces 4 personnages, tous âgés de 40 à 50 ans et bien installés dans la vie, se compliquent lorsque les Finidori sonnent chez Hubert et Sonia qui les attendent pour le lendemain.

Chacun s’efforce de faire bonne figure et discute avec courtoisie d’abord en partageant chips, apéricubes et fingers chocolatés. Mais Arnaud n’est toujours pas décidé à trouver le sommeil, Sonia nourrit quelques rancœurs contre Hubert et son ton faussement amical envers son mari. Elle n’est guère plus tendre Avec Henri, sauf lorsqu’il s’agit d’incriminer Hubert, qui éprouve un besoin pathologique de rabaisser Inès. Cette dernière n’en rate pas une non plus, se mêlant constamment de ce qui ne la regarde pas. Les conversations s’enchevêtrent et s’entremêlent, les querelles intestines se multiplient.

« Cette soirée est un peu décousue, non ? »

 

Le verni des bonnes manières et des convenances craque totalement et la soirée tourne en pugilat pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne résiste pas à cet humour incroyablement caustique.

 

J’adore ce genre de huis clos, « Cuisine et dépendances » figure parmi mes films cultes. Mais la grande particularité de cette pièce c’est qu’elle nous propose 3 variations de cette soirée. Yasmina Reza reprend la même situation, et les mêmes personnages, mais elle joue avec quelques variants (Hubert entreprenant une Sonia qui reste de marbre, Sonia embrassant Hubert à pleine bouche entre deux portes….) tandis que les apéricubes et les fingers opèrent comme des leitmotive cocasses. Les échanges sont toujours aussi vifs, même si certaines répliques changent de bouche.

 

Avec cette pièce au rythme alerte, la dramaturge poursuit donc son enquête sur l’incapacité du langage à faciliter les relations humaines, mais elle nous offre aussi un regard assez critique sur la société bourgeoise bien pensante. Elle explore aussi les potentialités de ce comique acide qui flirte avec un certain tragique.

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s