Littérature française

« Trois jours et une vie », Pierre Lemaître, Albin Michel, 2016


 

Une fois que l’on a mis un regard dans l’univers romanesque de Pierre Lemaître, qu’on s’est laissé captiver par ses ambiances angoissantes à souhait et ses personnages, il est bien difficile de résister à l’appel du dernier roman. Lemaître s’est d’abord illustré dans l’univers du policier, en nous offrant des intrigues incroyablement bien ficelées, des scénarios d’une forte intensité dramatique servis par une écriture belle et soignée. Il nous a ensuite surpris avec son roman fleuve « Au revoir là haut », véritable fresque qui mêlait brillamment fantaisie, histoire et « thriller » sur fond d’après-guerre. Nous avions donc hâte de nous immerger dans le dernier, avides de découvrir nouveau sujet et nouveaux protagonistes.

Le romancier s’intéresse cette fois à ces vies qui basculent en l’espace de quelques secondes et au poids de la culpabilité. Le récit, qui se lit comme une tragédie moderne, narre les affres du jeune Antoine.

En décembre 1999, dans le village de Beauval, le jeune garçon, que sa mère élève seule, cède à une colère sourde et endosse le statut de meurtrier. Le silence lui semble finalement la meilleure solution, mais il le paie le prix fort, soumis à une peur et à une culpabilité permanentes. Lemaître orchestre cette première partie de main de maître, soulevant au passage les questions des rumeurs, de l’indigence des medias et de leur goût pour le spectaculaire. La disparition du petit Rémi cristallise en effet toutes les passions et toutes les rancœurs.  L’analyse des sentiments d’Antoine tient le lecteur par les tripes. On craint pour Antoine tout comme on plaint la victime et sa famille. On se demande inévitablement ce que nous aurions fait en pareilles circonstances et nos réflexions oscillent entre morale et empathie pour le tueur. Peu à peu « le personnage principal de cette tragédie, ce n’est plus la victime, mais l’assassin. »

J’ai trouvé la suite très inégale, vaguement décevante. Si l’idée de la chute est bien trouvée, elle m’a paru précipitée dans son traitement. L’écriture m’a moins séduite aussi, mais cela répond sans doute aux impératifs de la narration à la première personne, de cette immersion dans l’âme d’un gosse de 12 ans qui porte son lourd secret au fil des décennies. Le sujet n’en demeure pas moins intéressant et son traitement osé en ce sens que l’auteur ne cède pas au politiquement correct et ose laisser parler les instincts humains premiers.

 

2 réflexions au sujet de “« Trois jours et une vie », Pierre Lemaître, Albin Michel, 2016”

  1. Il me fait bien envie ce roman mais j’avais déjà eu le même sentiment que toi en lisant un de ses policiers. Mais le sujet m’intéresse furieusement !

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