Littérature française

« Amours », Léonor de Récondo, Wespieser, 2015, à ne pas rater!


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A la lecture de certains livres, on aimerait simplement remercier l’auteur, tant l’émotion est forte et belle. Il est des mots et des écritures qui subjuguent, des romans qu’on voudrait ne jamais finir, ou que l’on voudrait relire à peine la dernière page tournée. De ces livres là, il est parfois difficile de parler.

Je commencerai donc par remercier Léonor de Récondo d’avoir su si bien prêté vie à Céleste et Victoire, d’avoir su narrer leur amour avec autant de poésie et de justesse. Amours est un roman de femmeS, un hymne à cette féminité si souvent bafouée et réprimée par nos sociétés. Les violences faites aux femmes, loin de se limiter aux coups ou aux injures, peuvent être d’autant plus sournoises qu’elles sont « légitimées » par les mœurs et les institutions.

On entre dans le récit avec violence. Anselme de Boisvaillant, notaire et notable, use de ce qu’il croit être son droit de cuissage sur Céleste. « ANSELME JETTE CELESTE SUR LE MATELAS », un incipit surprenant, un geste sans doute anodin pour ce bourgeois (après tout ce n’est qu’une bonne) mais pourtant capital.

A l’aube de ce XX°, Anselme partage une maison cossue avec son épouse Victoire de Champfleury. L’histoire de cette union prend des allures de réquisitoire discret mais efficace contre l’éducation des filles et la place de potiche qui leur est/était dévolue. Rappelons-nous le fameux « Saintes ou pouliches »…

Cette scène d’amour forcé, et la loi du silence qui s’ensuit, pose aussi la question du sort réservé aux domestiques. Céleste s’efforce de garder la tête haute, de faire comme si elle n’avait pas honte. Aucun autre choix ne s’offre à elle que celui de souffrir silencieusement et de prier la Vierge Marie.

Non loin de là, Victoire traîne aussi sa douleur. Son confort lui pèse, son mari aussi ; sa sexualité relève du pensum vite accompli et pourtant le mal d’enfant se fait sentir. Mais « Comment un enfant pouvait-il naître de cet enchâssement immonde ? » Ce manque là, elle le partage avec Huguette, une autre domestique.

Pierre, le chauffeur et jardinier, promène également sa douleur muette depuis que la guerre lui a volé la parole.

Chacun évolue comme il peut dans ce huis clos corseté par les carcans sociaux, moraux et religieux. Anselme est le plus souvent reclus dans son étude, Victoire oscille entre ses pensées, son piano et Madame Bovary, les domestiques répondent à leurs obligations…Le dimanche vient « la grande aventure sociale de la messe ».

Un enfant survient pourtant, qui va malgré lui bouleverser cet ordre des choses séculaire et aider Victoire à se découvrir un autre rapport au corps et à l’amour, même s’il est plus facile de brûler les corsets que de briser les carcans.

Si l’intrigue repose initialement sur des scènes déjà vues ou lues, leur traitement est original. Léonor  de Récondo trouve trouve sa propre voix et confine au sublime.

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