Cinéma étranger

« Après la bataille » de Yousry Nasrallah, 2012


apreslabataille

Tourné en 40 jours sans scénario, « Après la bataille » est un film fort qui mêle adroitement histoire récente et fiction. Yousry Nasrallah, le réalisateur égyptien qui s’est déjà illustré avec « Femmes du Caire », s’intéresse en effet au printemps arabe. Le récit s’ouvre d’abord sur une réunion de femmes. Elles débattent des événements et surtout de l’avenir du pays. Peut-on croire en une reconstruction lorsque nombre d’hommes pensent encore que le sort des femmes n’est pas affaire de démocratie et que la gente féminine doit rester à sa place, celle que Dieu lui a donnée. On commente allégrement la révolution en marche, on s’interroge aussi : « aucune personne sensée ne peut croire qu’on change la société en 18 jours ». Toutes ont à l’esprit les espoirs mais aussi la répression qui sévit. Le 2 février 2011, alors que la place Tahrir est noire de manifestants, des cavaliers de Nazlet, un bourg au pied des pyramides, manipulés par les services du régime de Moubarak ont chargé la foule. Mahmoud, un brave père de famille illettré et désargenté, était de ceux-là et personne n’est prêt de l’oublier. Toutes les caméras du pays ont filmé sa chute qui a signé son déshonneur et sa faillite.

Rien ne le dispose à rencontrer Reem, une jeune et belle trentenaire, laïque et engagée. En passe de divorcer, elle travaille dans une agence de pub et vit dans un somptueux appartement des beaux quartiers. L’engagement de cette dernière les amène pourtant à se croiser furtivement d’abord, intimement ensuite au risque de bouleverser leurs existences. Ne connaissant rien de lui, Reem est sous le coup d’une attirance irrépressible. Elle découvre les jours suivants qu’il est l’époux de Fatma et le père de Momen et Abdallah. Elle aurait pu fuir, mais c’est finalement la femme trahie qui la retient et la captive. Sans doute est-elle aussi sensible à la désolation de Nazlet dont la survie dépendait du tourisme. Malgré les mises en garde de son amie, qui l’exhorte à ne pas faire une histoire politique d’une histoire d’amour, Reem conjugue les deux et s’implique dans la vie de cette famille sur fond de cessez-le-feu, de manigances, de menaces et de misère.

La narration, extrêmement dynamique, se construit comme une tragédie superbement servie par le casting. J’avais déjà beaucoup aimé Nahed El Sebai dans « les femmes du bus », elle est ici très touchante et très juste. La prestation de Mena Shalaby, tout en sincérité, n’a rien à lui envier. Le regard de Bassem Samra, alias Mahmoud, vient chercher le spectateur au fin fond de lui même et l’embarque dans sa galère. La photo de Bahzan apporte également beaucoup à ce film néoréaliste qui nous confronte constamment à l’émotion à l’état brut.

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