Cinéma étranger, Cinéma français

« Terre et cendres », un film d’Atiq Rahimi, janvier 2005


« Terre et cendres » d’Atiq Rahimi, sorti en janvier 2005

une co-production franco-afghane.

TerreCendres

Dans ce premier film de fiction, Atiq Rahimi adapte son propre roman et nous plonge dans le désert afghan, entre couleurs et spectacle de désolation. La narration s’ouvre sur une route aussi chaotique que l’existence des personnages: l’Afghanistan est terre de guerre, terre de cendres. Entassés dans un camion, les êtres cherchent leur route et la caméra s’attarde sur des femmes aux visages aussi arides que le paysage, stigmates d’une existence difficile. La vie semble presque figée, à l’image de ce tank abandonné et de la musique de fond, belle et triste, qui égrène le temps.
Dastaguir, descend de ce camion en compagnie de Yassin, son petit fils devenu sourd lors de la mise à sac de leur village. Ce dernier vient prévenir son fils Mourad que la famille a été décimée par l’attaque. Il ignore alors que pouvoir échanger ces quelques mots avec Mourad va s’avérer fort compliqué. Condamné à une effroyable attente il comble cette urgence à dire, en ressassant ses souvenirs, ses inquiétudes et son amertume. Il discute également avec l’épicier, incarnation d’une sagesse presque désabusée. Yassin, lui, croit que les tanks ont été la parole à tous ceux qu’il croise. Curieux et joueur, il s’agite et épuise Dastaguir effrayé par cette responsabilité. Comment laisser un enfant courir derrière une brebis lorsque le désert est parsemé de mines? On sent cependant un immense attachement entre ces deux êtres qui ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes, notamment lorsque Yassin, fatigué, s’agrippe à la longue écharpe de son aïeul pour continuer d’avancer.
Le film épouse le cheminement de Dastaguir qui sombre dans le pessimisme le plus total au fil de la narration. Son petit baluchon symbolise son errance. Les couleurs contrastées au départ prennent des teintes de plus en plus sombres. Les éclats de couleur, souvent rouges, symboles de vie mais aussi de sang, s’estompent à l’image de cette pomme rouge et appétissante qui noircit sous le soleil. La musique s’éteint rapidement et les dialogues se distinguent par une grande économie de paroles comme si les êtres n’avaient plus de mots. Même la langue est en ruines.
Dastaguir et Yassin attendent et espèrent d’abord, entre l’épicerie et le poste de garde de la mine où travaille Mourad. Ils sont à la croisée des chemins sans savoir où toutes ces routes peuvent encore mener. L’espoir est-il encore permis?
« Nous sommes des vagues, notre répit est nôtre disparition ».
Au delà des personnages, ce sont les souffrances d’un peuple et d’un pays magnifique ravagés par la guerre et les extrémismes que Rahimi nous donne à découvrir avec une grande sobriété. La photo sublime d’Eric Guichard opère comme un hommage et parvient à suggérer l’horreur sans images effroyables. Les costumes de Rahimi lui-même œuvrent dans le même sens et traduisent cette attente désespérée. Le casting est également très efficace, notamment parce qu’il s’appuie sur un jeu très naturel des acteurs. La performance n’était pas aisée dans la mesure où le langage du corps tient une part prépondérante. Le petit Jawan Mard Homayun apporte toute sa fraîcheur au personnage de Yassin. Il nous touche dès les premières minutes et nous tient jusqu’au bout par la seule puissance de son regard. Abdul Ghani, qui incarne Dastaguir, s’impose comme un acteur brillant. Tout en nuances, il sait combler le vide des mots et il confère à Dastaguir dignité et majesté.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s