Cinéma étranger

« Timbuktu », Abderrahmane Sissoko, décembre 2014


timbuktu

Plus qu’un coup de coeur, un chef d’oeuvre!

Avec « Timbuktu », le réalisateur mauritanien, Abderrahmane Sissoko, retrace un épisode noir de l’histoire récente de Tombouctou, ville du Mali située au sommet de la bouche du fleuve Niger. Les Djihadistes gagnent la ville et y imposent leur loi. Il est désormais interdit de fumer, de jouer au football, d’écouter de la musique ou encore de vendre du poisson au marché sans porter de gants. Autant d’absurdités auxquelles la population tente de faire face, voire de résister. Mais les femmes sont réduites à n’être plus que des ombres et la terreur se répand. Les tribunaux s’improvisent, les procès sont nombreux et les sentences tout aussi disproportionnées que violentes. L’absurde n’a plus de limites.
Kidane, d’origine touareg, s’efforce d’exister paisiblement aux côtés de son épouse Satima, de leur fille Toya et de son jeune berger, Issan. Ils occupent l’une de ces tentes accueillantes dans le désert. On a juste envie de s’y assoir et de partager un thé avec la famille. Ils font des plans sur la comète, ou plus exactement sur le veau de GPS, l’une des vaches de leur troupeau, particulièrement indisciplinée. Mais ce bonheur bascule pourtant le jour où le pêcheur Amadou tue GPS qui s’était approchée trop près de ses filets…
Sissoko, qui se souvient sans doute de son enfance malienne, rend ici un hommage sublime à ce pays. Ce film est une pure merveille, et je pèse mes mots! Je saluerai d’abord la photographie de Sofian El Fani, les décors de Sébastien Birchier et les costumes d’Ami Sow qui soutiennent la narration d’un esthétisme rare. Humour, poésie et tragédie sont soutenus par de superbes jeux de lumière (la scène du foot sans ballon est un morceau d’anthologie). Sissoko, qui prend le parti d’une critique extrêmement sobre du djihadisme, parvient à contrebalancer avec brio les images les plus violentes. Au-delà de l’absurdité de ces lois, de ce coup d’Etat, il nous embarque dans un voyage entre ce village et ce désert immense aux côtés d’une population diversifiée, haute en couleurs, à l’image de Zabou l’excentrique, interprétée par une merveilleuse Kettly Noel. Le spectateur en prend plein les yeux et plein les oreilles, bercé par la musique d’Amine Bouhafa et la voix envoutante de la chanteuse Fatoumata Diawara, mais aussi par les multiples langues, le français, l’anglais, l’arabe, le tamasheq, qui s’entremêlent dans la région.
Le casting frôle aussi la perfection, tant par le jeu des acteurs que par leur beauté. La jeune Layla Walet Mohamed (Toya) illumine l’écran, mais Toulou Kiki qui incarne sa mère n’a rien à lui envier. Le réalisateur sait tirer d’eux le meilleur sans doute parce qu’il a l’art de filmer ces regards qui en disent si long, notamment ceux qu’échange Kidane (Ibrahim Ahmed Dit Pipo) avec Amadou mais aussi avec ses bourreaux.
« Timbuktu » est un film édifiant, effroyablement Beau (oui la majuscule s’impose!) qu’il ne faut surtout pas rater.

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