Littérature française

« La garçonnière », Hélène Grémillon, Flammarion, 2013


« La garçonnière » d’Hélène Grémillon, Flammarion, 2013 garçonnière

Pour ce second roman, d’inspiration policière, Hélène Grémillon s’inspire d’une histoire vraie et nous transporte en Argentine, à Buenos Aires, l’été 1987.
Victime de la dictature de Videla, Eva Maria, consulte Vittorio Puig, un psychanalyste pour tenter de digérer l’assassinat de sa fille Stella. Sa vie s’est comme arrêtée depuis la mort arbitraire de sa progéniture, au point qu’elle en oublie parfois dans l’alcool, que son fils Esteban, un adolescent aimant et endurant, partage encore son appartement. Seul Vittorio trouve grâce à ses yeux. Elle le consulte depuis plus de 4 ans, connait par cœur les 94 marches qui mènent à son cabinet dont elle a enregistré les moindres détails, ou presque. Mais voilà que ce dernier se voit accusé du meurtre de sa femme Lisandra, qu’il a retrouvée défenestrée au pied de leur immeuble. Les preuves sont plus que minces mais son alibi l’est tout autant. Les autorités semblent animées de la farouche envie de « se faire un psy ». Il ne peut plus guère espérer que le soutien de sa patiente, qui accepte de l’aider à prouver son innocence. Entièrement dévouée à sa cause, elle va conduire son odyssée jusqu’au bout d’elle-même…
L’auteure alterne les points de vue, conjugue le récit que Vittorio adresse à Eva Maria, les notes que cette dernière consigne dans son petit carnet et la narration à la troisième personne ainsi qu’à des retranscriptions saisissantes d’enregistrements audio. Elle réussit la gageure de mêler les genres, nous offrant une sublime analyse de la jalousie sur fond d’une intrigue touffue qui tient cependant son lecteur en haleine. Les enregistrements, notamment celui de Miguel, ou d’Alicia qui évoque les femmes qui arpentent la Place-de-mai tous les jeudis, opèrent comme autant de témoignages des victimes de la junte. Le plus saisissant reste cependant cet époustouflant panorama des sentiments humains qu’Hélène Grémillon déploie au fil des pages.

Quelques phrases ….

« les mauvaises langues peuvent être poétiques »

« on dirait que la ménopause mange à l’intérieur de nous, elle mange ce qui faisait nos formes pour nous déformer, elle nous dévore de l’intérieur, je prends tes seins et je les mets sur tes hanches, je prends ce qui faisait tes jolies fesses et je l’étale sur ton ventre, sur ton dos, sur tes reins. Pourquoi regardez-vous sans cesse la pendule? Vous n’avez qu’une envie, c’est que cette séance se termine, n’est-ce pas? La beauté d’un corps de femme, un homme s’en repaît, sa décrépitude, il ne la supporte pas, pas plus en mots qu’en images… »

« On peut forcer un livre à être entre vos mains, pas un homme. »

3 réflexions au sujet de “« La garçonnière », Hélène Grémillon, Flammarion, 2013”

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