Les classiques, Littérature française

« La colonie  » de Marivaux, 1750


Le texte originel, écrit en 1729, a été perdu. Cette comédie en prose et en un acte composé de 18 scènes connut un véritable « bide » lors de sa première représentation au Théâtre Italien à Paris en juin 1729 si bien que Marivaux la retira aussitôt de la scène et la réduisit avant de la publier dans le Mercure de France en 1750.
Le rideau se lève sur un appel à l’union d’Arthénice, une noble, qui propose à madame Sorbin, épouse d’un artisan, de s’associer à sa lutte. Echouées avec un groupe d’hommes sur une île au milieu de nulle part, les femmes décident en effet de prendre le pouvoir alors que les hommes s’apprêtent à tenir conseil pour élire ceux d’entre eux qui décideront des lois à mettre en place. Vient le temps de ce qui pourrait fort ressembler à une guerre des sexes.

Madame Sorbin : « Conclusion, il n’y a plus qu’une femme et qu’une pensée ici. »

Toutes sont bien décidées à en découdre et à « discuter (leur) droit vis à vis les hommes. ». Leur exil constitue l’occasion rêvée pour rompre avec les modes de gouvernance traditionnelle, la domination masculine, et pour défendre la cause du sexe opprimé.

« Vous irez de niveau avec les hommes ; ils seront vos camarades, et non pas vos maîtres. Madame vaudra partout Monsieur.»
« nous voici en place d’avoir justice, et de sortir de l’humilité ridicule qu’on nous a imposée depuis le commencement du monde ».
« Madame Sorbin veut vivre dans l’histoire et non pas dans le monde. »

Parviendront-elles à s’affranchir et à distinguer les affaires politiques des affaires du cœur alors que Timagène a des vues sur Arthénice, que Persinet escompte épouser la jeune Lina Sorbin et que Monsieur Sorbin s’impose en chef de famille ?

« nous sommes dans une occurrence où l’amour n’est plus qu’un sot. »

Dépasseront-elles les ricanements de ces hommes qui ne les prennent guère au sérieux et qui croient simplement assister à une farce, un spectacle dans le spectacle ?
« faites, amusez-vous, jouez une farce ; mais gardez votre drôlerie pour une autre fois, cela est trop bouffon pour le temps qui court. »

Comme dans « L’île des esclaves » Marivaux recourt à l’exil insulaire pour mettre en œuvre une critique virulente des institutions de son époque. Petites gens et nobles sont embarqués dans la même galère et doivent reconstruire le cadre de leur existence. Le dramaturge emprunte alors au genre de l’utopie pour aborder la délicate question de l’égalité sociale mais aussi de l’égalité des sexes. Mais ne nous y trompons pas, nous sommes loin d’un manifeste en faveur des femmes qui n’ont pas forcément toujours la part belle dans l’intrigue.

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