Littérature étrangère

« Paradis blues », Shenaz Patel, Vents d’ailleurs, 2014


« Paradis blues », Shenaz Patel, Edit° Vents d’ailleurs, 2014 paradisblues

Le récit s’ouvre sur les songes de Mylène, une jeune mauricienne, et sur une une invitation à absorber le bleu du ciel par une journée chaude et silencieuse; une invitation à un laisser aller lénifiant, ou plus exactement réparateur.

« Calme. calme. pas de vacarme, surtout. »

Mais regarder le ciel, ce paradis bleu, c’est s’ouvrir à soi, courir le risque d’ouvrir la boite de Pandore, le souvenir d’un cadeau enneigé, du travail à l’usine Hong Kong Shangai et du rêve de devenir secrétaire, des fils à couper et des ourlets, l’espoir triste des correspondants, symboles d’un ailleurs peut-être plus bleu. C’est aussi mieux percevoir ses chaînes et son enfermement, c’est écouter résonner ses douleurs.

« Ma mère me disait toujours que je me casserais la figure un jour, parce que je rêvais trop grand pour moi. » « Est-ce que ça a une taille standard les rêves? »

Mylène est en quête d’apaisement: oublier un mariage fait de piques, de pieux et de barbelés.

« Les mots (lui) arrivent comme des marcheurs pressés » et elle revoie le désordre de sa vie brimée, brisée, sur un rythme effréné.

« Mais ils marchent le front buté, les mots.
L’air de dire, je suis là, je ne recule pas, je ne retourne pas d’où je viens. »

En aspirant ainsi le bleu du ciel et de la mer, elle aspire à rompre les digues, à larguer les amarres, à s ‘affranchir, du poids de son éducation, de la prison du mariage, de l’enfermement territorial , social et psychique.

Shenaz dépasse les clichés « cartes postales » pour évoquer les réalités autrement plus âpres de l’île Maurice, mais elle offre surtout à ce récit une dimension universelle. Dans une poésie de la douleur, et de l’espoir aussi, qui adopte un rythme incantatoire envoûtant,

« Des mots, des mots.
Des mots fétides et pleins de fièvre.
Des mots qui fouaillent et qui fustigent.
Des mots violents, des mots vengeurs. »

elle écrit pour rappeler l’insularité des êtres.

La musique de ce texte vous embarque, vous aspire dans ce bleu, à la fois horizon azuré, lumineux, et triste océan d’une âme insulaire. C’est un chant de révolte, qui commence comme un blues, discret, presque léger, pour devenir cri.

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